Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani avec Welket Bungué, Jella Haase et Albrecht Schuch - Au cinéma le 3 février 2021

Publié le par ERIC-C

Berlin Alexanderplatz

Film dramatique de Burhan Qurbani

avec Welket Bungué, Jella Haase et Albrecht Schuch

Musique de Dascha Dauenhauer

D’après le roman Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin

SYNOPSIS

Alors qu’il échoue miraculeusement sur les côtes du Sud de l’Europe, Francis prête serment devant Dieu : il sera désormais un homme neuf, bon et droit. Francis se retrouve bientôt à Berlin, où il réalise combien il est difficile d’être vertueux quand on est un réfugié clandestin en Allemagne – sans papiers, sans patrie et sans permis de travail. Lorsque Reinhold, un Allemand charismatique, lui fait la proposition alléchante de gagner de l’argent facile, Francis résiste à la tentation, s’en tient à son serment et reste à l’écart des affaires douteuses de ce dernier. Mais il sera inexorablement happé par les bas-fonds de Berlin et perdra peu à peu le contrôle de son existence.

Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani avec Welket Bungué, Jella Haase et Albrecht Schuch - Au cinéma le 3 février 2021

NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR

Ce projet, qui a débuté comme une expérience mentale passionnante, un jeu avec l’idée de réinterpréter et actualiser le roman d’Alfred Döblin Berlin Alexanderplatz – que j’aimais et que je détestais, et que j’aime et je déteste toujours –, a évolué vers autre chose au cours des sept années qu’a duré sa gestation jusqu’à son terme aujourd’hui.J’ai grandi avec Berlin Alexanderplatz. Pas tant avec la série de Fassbinder – qui a été diffusée l’année de ma naissance et à laquelle j’ai eu accès assez tard – qu’avec le livre, que j’ai lu pour la première fois quand j’avais 17 ans, puis que j’ai relu à 18 et 19 ans. Au départ, je cherchais une clé narrative qui me donnerait accès au roman dans le contexte actuel. La décision de raconter l’histoire du point de vue d’un réfugié africain n’était pas évidente, mais elle était motivée par le désir de donner un visage à une communauté structurellement discriminée et déconsidérée. Tout comme le héros du roman, Franz Biberkopf, délinquant et travailleur à la petite semaine dans les années 1930, notre Francis/Franz, un grain de poussière aux abords de Berlin, est en quelque sorte la « lie de la société ».Rapidement, il s’est avéré que je n’étais pas seulement intéressé par l’idée de raconter une histoire de réfugiés à Berlin, mais par la possibilité de traiter des mécanismes du racisme, du déséquilibre des pouvoirs et de la dynamique sous-jacente à l’oppression. En optant pour un protagoniste noir doté d’un antagoniste blanc, Reinhold, ma version de Berlin Alexanderplatz est devenue une allégorie postcoloniale.Walter Benjamin décrit Franz, le personnage de Döblin, comme quelqu’un sorti du caniveau qui à l’audace de vouloir faire partie de la bourgeoisie : « La faim d’une destinée le consume, car il demande plus à la vie qu’un lit et une tartine beurrée. » Étant fils d’immigrés afghans, je comprends parfaitement cette faim. Je connais aussi ses dangers. C’est elle qui attire le diable. Elle conduit Franz/Francis à endosser différentes personnalités, avant de pouvoir finalement être écartelé, vidé et réincarné.Aujourd’hui, sept ans après l’idée initiale, le film s’est teinté d’une nouvelle couleur dans une Europe unie par l’effort et la misère, déchirée de l’extérieur comme de l’intérieur. Au début du film, mon Franz échoue sur les côtes de ce continent instable. C’est un étranger en terre étrangère. Il n’en parle pas la langue, n’a ni travail ni papiers. Il est impuissant à tous les sens du terme.Il est lavé de son passé. Seule reste la culpabilité. Il doit retrouver sa dignité, car la dignité est la première chose que l’on perd, quand on doit s’enfuir. Au paroxysme du film, Franz fait écho aux propos d’Hannah Arendt, quand il crie : « J’ai horreur qu’on me traite de réfugié. »Plus tard, il poursuit : « Je suis l’Allemagne. » C’est pour moi la réplique la plus dangereuse du film, car aujourd’hui, on pourrait assimiler son cri à : « Je suis l’Europe. » Bien sûr, le format d’un long métrage ne nous permettait pas de couvrir l’intégralité du roman de Döblin. Mais nous avons scrupuleusement respecté sa structure narrative. Derrière tout ça dominent les thèmes de la culpabilité et du nouveau départ. Du sacrifice et de la rédemption. Du désir de devenir un homme meilleur. L’intrigue criminelle, qui structure aussi le roman, court tout le long du film. Mais celui-ci se focalise avant tout sur le ménage à trois amoureux, étrange et destructeur, que forment Franz, Mieze et Reinhold, et sur l’éternel bras de fer entre Éros et Thanatos, l’amour et la mort, inhérent à l’âme humaine. À l’arrivée, c’est donc une tentative de fresque cinématographique. Les thèmes qui y sont abordés sont des pigments appliqués sur la chaux fraîche d’un monde en constante évolution. Le film est le travail d’une journée, la giornata, et produira de fait un effet différent demain. C’est une image dangereuse, car tout film se doit d’être dangereux. Au final, vous y trouverez une utopie, la possibilité pour chacun de se faire une place dans la société, de trouver un chez-soi, car l’art doit rêver de l’impossible.

Burhan Qurbani

NOTE DES PRODUCTEURS

Avec BERLIN ALEXANDERPLATZ, nous nous frottons à un classique : le roman d’Alfred Döblin, publié en 1929, est considéré comme l’un des plus emblématiques de la modernité allemande et compte parmi les œuvres les plus novatrices conçues sous la République de Weimar. Depuis 2002, il fait partie des « 100 meilleurs livres de tous les temps ».Il s’agit de la première adaptation cinématographique de Berlin Alexanderplatz depuis 1931. Aucun scénariste ou réalisateur n’a osé s’attaquer à ce monument du patrimoine mondial depuis la série de Rainer Werner Fassbinder, présentée en avant-première à la Mostra de Venise en 1980. Burhan Qurbani a trouvé dans ce classique de la littérature allemande des parallèles avec les structures sociétales d’aujourd’hui, qui nous ont incités à raconter une nouvelle fois cette histoire, à notre époque. Le parti pris de Burhan et de son coauteur, Martin Behnke, d’y intégrer l’actuelle crise des migrants en faisant du personnage principal un réfugié rejeté par la société, Francis, confère au film une nouvelle portée.Le film revisite un classique quasi centenaire de la littérature mondiale avec une pertinence sociale exceptionnelle et on ne peut plus moderne, et nous sommes convaincus qu’il retiendra l’intérêt de la profession, tout comme de la presse et des spectateurs.Qurbani et Behnke sont restés fidèles à la trame du roman : Franz Biberkopf, fraîchement sorti de prison, se jure de devenir un honnête homme. Mais la réalité sociale lui fait ravaler ses ambitions, et il tombe dans la pègre berlinoise.Transposée dans le Berlin d’aujourd’hui, l’histoire est désormais celle de Francis, un réfugié africain. Celui-ci se bat pour survivre dans une ville où il n’y a pas de place pour lui, au sein d’une société où il n’est pas le bienvenu. Le film pose un regard sans complaisance sur la situation politique actuelle en Allemagne. Quand il y arrive, Francis déchante en découvrant la dure réalité qu’il doit affronter en tant que réfugié, et au bout du compte, il subit le même sort que Franz Biberkopf en son temps.La modernité du roman, quasi centenaire, n’a cessé de nous étonner depuis le développement du scénario, en 2014. Le conflit moral qu’il dépeint, dans le contexte de la crise économique de la fin des années 1920, est d’une actualité saisissante quand on le transpose aujourd’hui, en pleine crise des migrants.Du fait de nos deux précédentes collaborations avec Burhan Qurbani – Shahada, sélectionné en compétition au Festival de Berlin 2010, et Nous sommes jeunes, nous sommes forts, en 2014, présenté notamment aux festivals de Rome et de Tribeca –, nous savions qu’il était le réalisateur idéal pour ce projet : il a maintes fois prouvé son aisance à aborder des sujets complexes et pertinents de façon divertissante, tout en soignant l’aspect cinématographique. Il est talentueux, possède un langage visuel fort ainsi qu’un don inné pour la mise en scène, et jongle malicieusement avec différentes formes narratives portant sa griffe si particulière.Ses films traitent souvent des immigrés et des groupes marginalisés au sein de la société. Étant lui-même fils de réfugiés afghans, il éclaire BERLIN ALEXANDERPLATZ de son expérience et de ses observations personnelles, ce qui apporte au film une profondeur supplémentaire. Nous nous sommes alignés sur les éléments clés du livre d’origine. Le film s’articule autour de trois axes : la sous-structure narrative du roman, la présence de réfugiés clandestins à Berlin, avec le racisme postcolonial qui en découle, et l’intrigue criminelle, tournant autour de l’amour, l’argent et la trahison.BERLIN ALEXANDERPLATZ est une adaptation pertinente, captivante et pleine de suspense, menée d’une main de maître par un réalisateur des plus prometteurs, un film dans lequel nous croyons énormément. 

Leif Alexis, Jochen Laube & Fabian Maubach

LES PERSONNAGES

FRANCIS, 35 ans, n’a jamais eu de chez-lui. Fils d’un marchand de Guinée-Bissau, il a très tôt suivi son père sur les routes de la côte ouest-africaine. Il n’est jamais allé à l’école. Il a été éduqué dans la rue et sur les marchés. Il a appris à parler français, portugais et anglais, à négocier, à tricher, à cogner plus fort et à courir plus vite que n’importe qui. Une opportunité commerciale a amené sa famille à partir au Mozambique, sur la côte est. Son père a acheté une ferme. Mais au moment même où Francis pensait pouvoir enfin s’installer, la guerre civile a éclaté et a peu à peu dépouillé la famille de tous ses biens, avant de la décimer. Son père a été abattu, son frère aîné a été tué lors d’un braquage qu’ils avaient mis sur pied pour s’en sortir, et sa mère est morte de chagrin. Francis a survécu, mais sans rien – ni famille, ni argent, ni toit. C’est alors qu’il a rencontré Ida, son premier amour. N’ayant rien à perdre, tous deux ont décidé de partir pour l’Europe en vue de s’y installer et de fonder une famille. Ils ont réuni de l’argent, ont bravé les dangers jusqu’à la côte et sont parvenus à prendre le bateau. Encore une fois, Francis était à deux doigts de trouver un foyer, mais son rêve a de nouveau été détruit. Le bateau a chaviré et tout le monde s’est noyé. Francis s’est débattu pour ne pas couler, mais Ida s’est accrochée à lui, le tirant vers le fond. Francis pouvait tout aussi bien mourir avec elle ou survivre seul. Il a survécu et a échoué en Europe, sans rien d’autre que ses yeux pour pleurer et la conviction que Dieu l’a condamné à ne jamais trouver un chez-lui. Seule façon pour lui d’y arriver : accepter sa peine et devenir un homme meilleur, bon et droit – un nouveau Francis.

 

MIEZE, 26 ans, veut toujours tout contrôler. Son grand-père était chef de gare et a pris part à la reconstruction du réseau ferroviaire de Berlin, après la Seconde Guerre mondiale. Petite, Mieze rêvait de marcher sur les traces de son grand-père et de devenir mécano. S’imaginer aux commandes d’un engin puissant dont elle saurait précisément où et quand il part, était un rêve rassurant qui l’a aidée à vivre son enfance difficile. Quand elle était effrayée et seule, parce que l’Aide à l’enfance l’avait arrachée à sa mère pour la placer en foyer, elle comptait dans sa tête les stations du Ringbahn, la ceinture périphérique ferroviaire de Berlin, pour se calmer. Adolescente, après avoir claqué la porte de chez elle, elle passait des heures dans le RER pour rassembler ses esprits. Et même si elle n’est pas devenue mécano, elle gère sa vie et son travail d’escort comme si elle conduisait un train : ordonnée, ponctuelle, les yeux rivés sur les voies. Les hommes qu’elle rencontre et avec qui elle couche, jour après jour, sont pour elle de simples passagers : anonymes, sans visage, un simple numéro sur un billet. Bien que cela l’aide à joindre les deux bouts et lui procure stabilité et sécurité, quelque chose coince quelque part. Mieze ne s’autorise pas à tomber amoureuse, à laisser entrer qui que ce soit dans sa vie – à l’exception d’un petit oiseau, dans sa petite cage. Avoir quelqu’un dans son monde bien organisé est un cauchemar.

 

REINHOLD, 30 ans, est accro au pouvoir. Probablement parce qu’il en a manqué pendant longtemps, tant physiquement que financièrement. C’était un enfant chétif, souffreteux et rejeté de tous, qui a toujours dû tendre l’autre joue. Au cours de ses années d’humiliation, le garçon mince et timide a secrètement développé une deuxième personnalité : celle d’un psychopathe sans pitié, sadique, mais aussi intelligent et charismatique. La carrière criminelle de Reinhold a débuté avec sa première arrestation, à l’âge de douze ans, à la suite de quoi il a été placé en maison de redressement. À partir de là, sa virtuosité criminelle n’a cessé de se perfectionner au gré de ses nombreux séjours en maison de correction, camp de réinsertion, prison. Il est maître en l’art de tromper et de manipuler. Il est malin, sobre et sur le qui-vive, ne boit ni ne se drogue jamais, et s’efforce d’être toujours en avance sur les événements. Il est incapable d’entretenir une relation humaine « normale » stable. Pour Reinhold, l’amour n’est que conquête, possession et exploitation, le sexe, que domination et sadisme. Pourtant, en dépit de son sadisme et de son addiction au pouvoir, Reinhold est resté au fond de lui ce garçon fragile et peu sûr de lui qui aspire à l’amour et à la reconnaissance. Dans ses moments les plus sombres, cette face cachée refait surface. Il est alors vulnérable et doux comme un agneau. Mais il frappera Francis en plein cœur.

BURHAN QURBANI RÉALISATEUR

Burhan Qurbani naît en 1980, en Allemagne, de parents réfugiés afghans. À partir de 2002, il étudie la réalisation à l’Académie du film du Bade-Wurtemberg. Son film de fin d’études, SHAHADA, est projeté en première mondiale au 60e Festival de Berlin, en 2010. Son deuxième long métrage, Nous sommes jeunes, nous sommes forts, également très remarqué, fait l’ouverture de la compétition officielle du Festival international du film de Rome. BERLIN ALEXANDERPLATZ, troisième long métrage du réalisateur, est présenté en première mondiale au 70e Festival de Berlin.

LES COMÉDIENS

WELKET BUNGUÉ (FRANCIS)

Né en 1988 en Guinée-Bissau, Welket Bungué est un acteur-réalisateur portugo-guinéen. Débutant sa formation en 2005, il est diplômé en arts dramatiques de l’École supérieure de théâtre et de cinéma de Lisbonne, ainsi que de l’université de Rio de Janeiro. Il est membre permanent de l’Académie portugaise du cinéma depuis 2015. Il participe à différentes séries et à de nombreux courts métrages, avant d’obtenir des petits rôles au cinéma, notamment dans Lettres de la guerre, adaptation primée du roman éponyme, en 2016. Bungué réalise plusieurs courts métrages et documentaires – le premier d’entre eux, BASTIEN (2016), dans lequel il interprète le rôle-titre, est nommé pour le prix Sophia du meilleur court métrage au Portugal. Il décroche des rôles de premier plan dans des longs métrages, tels que CORPO ELÉTRICO (2017) ou le drame historique JOAQUIM, sélectionné en compétition à la Berlinale 2017. Bungué apparaît dans différentes séries portugaises et continue de réaliser des courts métrages – pas moins de cinq en 2019 ! BERLIN ALEXANDERPLATZ marque sa première collaboration à une production allemande.

 

JELLA HAASE (MIEZE)

Née en 1992 dans le quartier de Kreuzberg, à Berlin, Jella Haase fait partie des valeurs sûres du cinéma allemand. Elle débute en 2011 dans Lollipop Monster et GUERRIÈRE, film pour lequel elle reçoit le Bavarian Film Award du meilleur espoir féminin, en 2012. Elle séduit le public dans Un prof pas comme les autres, qui lui vaut une nomination aux Deutscher Filmpreis 2013. En 2016, elle est sélectionnée pour les Shooting Stars de la Berlinale. Haase apparaît récemment dans les longs métrages KIDNAPPING STELLA, Das perfekte Geheimnis et Cocoon, ainsi que dans Berlin Alexanderplatz, adaptation du roman d’Alfred Döblin.

 

ALBRECHT SCHUCH (REINHOLD)

Né en 1985 à Iéna, Albrecht Schuch s’illustre au cinéma et à la télévision depuis 2002, en parallèle de sa carrière au théâtre. En 2011, il incarne Alexander von Humboldt, rôle principal des Arpenteurs du monde, adapté du best-seller éponyme. Il enchaîne avec les films VENT D’OUEST et A Dangerous Fortune, adaptation en deux parties du roman de Ken Follett, ainsi que la mini-série primée NSU German History X, pour laquelle il décroche le prix Adolf-Grimme. Schuch récolte un Deutscher Filmpreis du meilleur acteur, un German Actors Award, un German Television Award et un Goldene Kamera. Il est récemment à l’affiche des films BENNI et Atlas. En 2020, on le verra dans les films Berlin Alexanderplatz et FABIAN, adaptation de Fabian : Histoire d’un moraliste, d’Erich Kästner, réalisé par Dominik Graf, ainsi que dans la deuxième saison de la série à succès Bad Banks.

Au cinéma le 3 février 2021

 

Commenter cet article