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Les femmes de l'ombre avec Sophie Marceau, Julie Depardieu, Marie Gillain, Déborah François

Publié le

LES FEMMES DE L'OMBRE (2008)

de Jean-Paul SALOME (ARSENE LUPIN - BELPHEGOR - RESTONS GROUPES)

avec Sophie Marceau, Julie Depardieu, Marie Gillain, Déborah François, Julien Boisselier, Vincent Rottiers, Robin Renucci, Xavier Beauvois, Moritz Bleibtreu

Les Femmes de l'ombre

L'HISTOIRE : 

Engagée dans la Résistance française, Louise s'enfuit à Londres après l'assassinat de son mari. Elle est recrutée par le SOE, un service secret de renseignement et de sabotage piloté par Churchill.
Dans l'urgence, on lui confie sa première mission, l'exfiltration d'un agent britannique tombé aux mains des allemands alors qu'il préparait le débarquement sur les plages normandes. L'homme n'a pas encore parlé mais le temps presse. Louise doit d'abord constituer un commando de femmes spécialement choisies pour les besoins de l'opération. Pour le recrutement, tous les moyens sont bons : mensonges, chantage, remises de peine. Elle engage Suzy, danseuse de cabaret qui excelle dans l'art de séduire les hommes ; puis Gaëlle, chimiste, spécialiste en explosifs ; enfin, Jeanne, prostituée, capable d'assassiner de sang froid.
Parachutée en Normandie, elles sont rejointes par Maria, juive italienne, opérateur radio et dernière pièce du dispositif.
La mission commence bien mais se complique très vite. Contraintes de retourner à Paris, le SOE leur fixe un nouvel objectif, presque suicidaire : éliminer l'une des pièces maîtresses du contre-espionnage nazi, le colonel Heindrich. L'homme en sait déjà trop sur les préparatifs du débarquement.
Cinq femmes, loin d'être des héroïnes, mais qui vont le devenir.

Les Femmes de l'ombre - Déborah François, Sophie Marceau, Marie Gillain et Julie Depardieu

NOTE D'INTENTION DU REALISATEUR

Elle avait été une véritable héroïne et l’'Angleterre lui rendait hommage. Intrigué par 'l'’histoire de cette femme, j’'ai entamé des recherches, aidé par l’'historien Olivier Wieviorka et j’'ai découvert que d’'autres femmes avaient travaillé pour le SOE. Elles appartenaient à la “French Section” constituée d’'une cinquantaine d’agents français, formés en Angleterre, avant d'’opérer en France pour le compte des Alliés. Avec ce réseau, le cliché cinématographique de la femme résistante, à vélo, qui passait des grenades dans son panier de provisions faisait place à une image de résistante, bien plus impressionnante, celle de femmes ayant mené exactement le même type d’actions que les hommes. Ainsi est née l’'envie de réaliser LES FEMMES DE L’'OMBRE comme un polar dans lequel des personnages féminins se révéleraient véritablement dans l’'action. J’'ai écrit le scénario avec Laurent Vachaud et mon immersion dans cette période de l'’histoire m’'a dévoilé deux valeurs importantes : le patriotisme et l’'héroïsme. On oublie parfois que les gens qui se sont battus contre les occupants, durant la Seconde Guerre Mondiale, étaient les enfants ou les petits-enfants de ceux qui, 25 ans plus tôt, avaient défendu leur pays, patrie des Droits de l’'Homme, mais aussi leurs libertés. C’'était un idéal très fort et la mémoire était encore tellement vive, qu'’il n’'était pas question de se laisser faire ! Je veux dire aussi que parmi ces gens qui ont résisté, il y a eu beaucoup de jeunes qui n’'ont pas hésité à mettre leur vie en péril alors qu'’ils avaient la vie devant eux et ça, c’'est d’'une grande intensité dramatique ! Toutes ces notions peuvent paraître surréalistes, aujourd’'hui, aux gens de ma génération ou à celle de mes enfants. Pour la majorité d'’entre nous, l’'acte patriotique par excellence, c'’est voter ou payer ses impôts ! Il aura fallu que j’'effectue ce travail d’'écriture pour mieux comprendre ce que me racontait mon grand-père. Pour finir, je veux faire un film de femmes, car leur mystère m'’inspire définitivement dans mon travail de réalisateur. J’'ai envie de rendre hommage à ces femmes qui ont fait preuve d'’un courage exceptionnel et qui, à ma connaissance, ont reçu moins d’'honneurs après guerre que les hommes.

Les Femmes de l'ombre

Le contexte historique du film

Le film se déroule au printemps 1944, à la veille du débarquement. La décision du débarquement a été prise lors de la Conférence de Téhéran (28 novembre – 1er décembre 1943) et sa mise en place technique a commencé en janvier 1944, ce qui a laissé très peu de temps aux Alliés pour se préparer. Du côté allemand, l'’idée que les Alliés vont débarquer en Europe du Nord Ouest ne fait aucun doute. Hitler, lui-même, pressent l'’imminence du débarquement dès novembre 1943 et demande qu'’on intensifie les travaux de fortification sur les côtes du Pas-de Calais et de la Normandie, présageant que la France serait le théâtre des futures opérations.

Les Femmes de l'ombre

La résistance en 1944

En 1944, il existe deux grandes structures : le BCRA et le SOE. Le BCRA (Bureau Central de Renseignement et d'’Action) est une structure française dirigée par le capitaine André Dewavrin, futur colonel Passy, qui installe et dirige un certain nombre de réseaux en France, qui vont travailler pour le compte du Général de Gaulle. A l’'époque, de Gaulle n’a rien à vendre aux Alliés : ni marine, ni hommes, ni aviation, il décide alors de leur fournir des renseignements. De Gaulle et Passy vont s'’employer à contrôler l'’ensemble de la filière de renseignements, d'’évasions des prisonniers, d’espionnage et de sabotage. Cependant, le gouvernement britannique refuse que les renseignements français soient sous le seul contrôle du Général de Gaulle. Les Britanniques créent donc leur propre structure : le SOE (Special Operations Executive). Cet organisme, très présent dans le film, était destiné à mettre le feu à l’Europe (sic Churchill), notamment à envoyer des saboteurs pour des missions très spéciales. Au sein du SOE, deux sections géraient la France, l’'une collaborant avec le BCRA – celle qui apparaît dans le film - l’'autre pas.

Les Femmes de l'ombre

Les femmes de la résistance moins reconnues que les hommes

En 1944, pour l’'opinion publique, mais aussi pour la loi, un résistant était un soldat par défaut, quelqu'’un qui combattait comme un soldat, bien que n'’ayant pas d’'uniforme et n’'appartenant à aucune unité régulièrement constituée. La résistance s’'apparentait donc à un phénomène militaire au sein duquel les femmes n’avaient pas leur place parce que c'’était un univers masculin. Pourtant, le SOE et le BCRA ont compté sur la participation des femmes. Elles étaient minoritaires dans les services spéciaux et dans les branches action, mais certaines ont toutefois réellement accompli des missions de sabotage et de renseignement sur le terrain. Néanmoins, la guerre finie, le général de Gaulle n'’a accordé que peu d'’importance aux femmes: parmi plus d’un millier de Croix de la Libération décernées seulement six femmes ont été distinguées (parmi elles Berty Albrecht). C'’est cette vision un peu machiste de la résistance qui a exclu les femmes. Jean-Paul Salomé, avec son film, a souhaité leur redonner leur place.

Les Femmes de l'ombre

Qui étaient ces femmes de la résistance

La plupart des résistantes étaient des femmes de milieux aisés, déjà émancipées avant la guerre. Elles avaient un travail qu'’elles avaient choisi ; il n'’était pas considéré comme obscène d’'être assistante sociale, institutrice ou encore infirmière. Par exemple, Jane Sivadon, grande résistante, dirigeait une école d’'infirmières et Lucie Aubrac était enseignante. Le fait que ces femmes aient suivi des études signifiait qu’'elles s'’étaient élevées contre leurs parents car le milieu étudiant pouvait être mixte et il n'’était donc pas bien vu de le fréquenter. Enfin, elles participaient souvent à des mouvements de jeunesse, engagement également considéré comme dangereux puisqu'’il impliquait que l'’éducation ne soit plus exclusivement donnée par le milieu familial. En résumé, les résistantes étaient des femmes décidées et autonomes, à l'’esprit suffisamment indépendant pour larguer les amarres et partir en Grande-Bretagne. Mais cet esprit frondeur a également existé dans des milieux plus modestes, comme le milieu communiste. Certaines femmes dans la résistance intérieure ont oeuvré au Front populaire ou encore à l’'Union des Femmes Françaises mais elles ne sont pas allées jusqu'’en Grande-Bretagne. D'’un point de vue culturel, il était plus complexe, pour ces femmes de milieux populaires, d'’imaginer partir dans un pays dont elles ne connaissaient pas la langue.

Les Femmes de l'ombre

LES PERSONNAGES VUS PAR LE REALISATEUR

S o p h i e  M a r c e a u

Louise Desfontaine m'’a été inspirée par une femme ayant existé, Lise de Baissac, épouse Villameur. Dans le film, elle est une femme blessée qui se réfugie dans une certaine froideur. Elle est cinglante, intransigeante. Elle a un esprit de chef et la volonté de mener à bien les choses. Sophie Marceau en a fait un personnage comme ça. Sophie aussi peut paraître assez dure parfois et puis rieuse à d’autres moments. Elle se protège. Il y a ça dans son personnage.

J u l i e  D e p a r d i e u

Jeanne Faussier vit dans un excès inquiétant, une forme de rage et d'’insoumission totale qui peut aller jusqu'’à la folie meurtrière. Jeanne n'’est soumise à rien, ni à la bonne conduite, ni aux bonnes moeurs, ni à un quelconque respect. Julie lui a donné une force comique troublante. J’'aime beaucoup ce personnage parce qu'’il n’est jamais là où on l’'attend.

M a r i e  G i l l a i n

Suzy Desprez est une écervelée, une fille qui ne pense qu’'à elle. Au fil de l’'histoire, elle va oser affronter ses erreurs, sa lâcheté, en parler et finir par trouver beaucoup de courage. Le travail de Marie est remarquable, Suzy n’'est jamais antipathique. Elle n’'est que frivolité, comme si elle ne s’'était pas aperçue que c'’était la guerre et qu’'elle continuait à vivre ses histoires d'’amour.

D é b o r a h  F r a n ç o i s

C'’est la guerre qui fait basculer Gaëlle Lemenech de l'’innocence à l’'âge adulte. Ce personnage permet de traiter à la fois l’'héroïsme, la peur, la lâcheté et la souffrance. C'’est grâce à elle que le spectateur se demande ce qu'’il aurait fait dans ce contexte. Elle fait des choses abominables qui ne sont pas condamnables. C'’est toute l’ambiguïté de son personnage. Déborah a une douceur, la fraîcheur de jeunesse de ces jeunes filles qui ont vécu les horreurs de la guerre à 20 ans et c’'est terrifiant.

M a y a  S a n s a

Maria entre plus tard que les autres, dans le film. C'’est un personnage qui n’'était pas très développé dans le scénario et que Maya, par l’'intensité de son jeu et sa présence physique, a fait exister à l’'écran plus que prévu. D’un personnage en creux, elle a fait un personnage mystérieux. Ce n'’est pas un mystère de femme fatale, mais celui de quelqu'’un qui fait les choses pour des raisons propres. Elle a transformé les non dits en quelque chose d'’intense.

M o r i t z  B l e i b t r e u

Avec Heindrich, je voulais combattre le cliché cinématographique du nazi au regard bleu glacé. Il n'’y a que sur les affiches de propagande que les nazis étaient blonds aux yeux bleus. Ni Hitler, ni aucun de ses proches collaborateurs n'’était de type aryen. Alors pour lutter contre ce cliché, le physique ténébreux de Moritz était parfait. Par ailleurs, il a composé un personnage de nazi très ambigu : terrifiant par moments, mais aussi terriblement humain. Il offre une vision très moderne de l'allemand nazi.

J u l i e n  B o i s s e l i e r

Pierre est le frère de Louise. Si j'’ai choisi de donner un frère à Louise, c’'est parce que Lise de Baissac, qui m'’a inspiré cette histoire, était partie rejoindre son frère, au SOE, à Londres. Le film n'’est en aucun cas leur biographie, mais j'’ai trouvé intéressant de montrer des rapports entre frère et soeur, pendant un conflit. Cela m’a permis, également, de montrer qu'’il pouvait exister des dissensions au sein d’une même famille, durant cette période un peu trouble où différents courants émergeaient, au sein de la résistance. Quand j’'ai eu la certitude que Sophie Marceau allait faire le film, j’'ai proposé le rôle du frère à Julien Boisselier. Julien a construit un personnage, qui a le flegme de la grande bourgeoisie française, il est du côté de la résistance et en même temps, il regarde tout ça avec un calme qui peut paraître agaçant. Il a réussi à créer un personnage pas très sympathique au début, mais qui gagne en profondeur plus le film avance. Par conséquent, ce personnage hautain nous cueille à la fin du film.

Les Femmes de l'ombre

LE 5 MARS 2008 AU CINEMA

 

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