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SA MAJESTE MINOR (BANDE ANNONCE 2006) de Jean Jacques ANNAUD avec José Garcia, Vincent Cassel

Publié le par ERIC-C

SA MAJESTE MINOR

de Jean Jacques ANNAUD (L'OURS - DEUX FRERES - LE NOM DE LA ROSE - STALINGRAD - L'AMANT - SEPT ANS AU TIBET...)

avec Vincent CASSEL - José GARCIA - Claude BRASSEUR - RUFUS - Jean-Luc BIDEAU - Bernard HALLER

Sa Majesté Minor

L'HISTOIRE : Dans une île imaginaire perdue en Mer Egée, aux temps très lointains d'avant Homère, Minor, mi-homme mi-cochon, orphelin et muet, file des jours tranquilles dans la douce tiédeur de la porcherie en compagnie de sa bonne amie la Truie. Au cours d'une escapade en forêt mythologique, il fait la rencontre d'un des personnages les plus influents de son époque, le Dieu Pan - alias Satyre, qui l'initie à sa manière de bouc aux imprévus du paganisme.
Perché sur une branche d'olivier pour épier Clytia, la fille du Patriarche promise au poète Karkos, Minor fait une mauvaise chute et se tue. Comme on est encore au début du film, et que la période le permet, il ressuscite et recouvre la parole.
Les villageois éberlués découvrent que non seulement il n'est pas mort, mais qu'il se révèle doué d'un stupéfiant sens de l'éloquence.
Sur les conseils du devin, Minor est sacré roi.

Les ennuis commencent...

Sa Majesté Minor - Vincent Cassel

LA GENESE DU FILM

C’était en 2004, juste avant Noël. Dans ma boîte aux lettres, une enveloppe bistre avec des feuillets à l’intérieur, et un petit mot de Gérard - Gérard Brach, le génial ermite qui a écrit pour moi LA GUERRE DU FEU, LE NOM DE LA ROSE, L’OURS et L’AMANT. Gérard me parlait de fulgurance, après une interminable période de jachère. Il avait passé un long séjour à l’hôpital. À sa sortie, saisi par une soudaine exubérance, il s’était jeté dans l’écriture de ces pages dont il rêvait depuis longtemps et qu’il avait intitulées «le Grand Pan», du nom du Dieu Grec des bergers, des forêts et de la puissance sexuelle.

«En m’inspirant de l’immense richesse de la mythologie grecque j’ai conçu ce texte insolent, iconoclaste, manipulateur. J’ai dévié certains mythes, en ai retourné d’autres, bousculant des tabous, explorant des complexes. Franchissant les interdits, l’histoire se présente sous forme d’une légende antique, baroque, insolente, grotesque, drôlatique et dramatique. Elle se déroule au XVIIème siècle avant J.-C. dans une île imaginaire des Cyclades.»

Le lendemain, ma réponse :

«Je viens de lire trente cinq pages de flamboyance. C’est toi, dans ton meilleur, dans ta folie, dans ta tendresse iconoclaste, dans ta violence illuminée. Comme tu le suggères dans ton petit mot manuscrit, ce texte est comme un éclat de lumière. Il ne ressemble à rien, sauf à toi, très fort. Il est d’une démentielle originalité, il est décalé, à côté, ailleurs, partout. Il charme, il émeut, il fait rire, il fait peur.»

Depuis des années je regrettais le silence de ce compagnon des belles aventures qu’avaient été quatre de mes films préférés. Il avait eu un problème de gorge. Parler était devenu de plus en plus douloureux. Il s’était progressivement réfugié dans le mutisme. Et comme si la gorge avait contaminé la main, l’aphasie s’était peu à peu doublée d’agraphie. Pendant des années, Gérard n’avait plus écrit.

Soudain il ressuscitait.

Ce film qui restait en grande partie à écrire réunissait tous les ingrédients du bonheur. Une époque intacte, laissée vierge par le cinéma. Un film gai, païen et libre. Une comédie - enfin - un genre auquel je bouillais de revenir. Un sujet méditerranéen, plein de soleil, de mer émeraude et de garrigue aux senteurs de romarin. Une extravagance en dehors de toute convenance, de toute mode, de toute raison. Une façon de raconter insolente, impressionniste, baroque, imprudente. Un mélange détonnant et étonnant de tous les thèmes qui avaient été les nôtres pendant nos collaborations précédentes. Une incursion dans la mythologie, un monde magique qui avait tellement fait rêver le petit banlieusard que j’étais ! Et puis la Grèce antique ! Pré-antique, encore mieux, moi l’helléniste amoureux d’Hésiode, le poète des temps archaïques ! Bon la décision était prise, ce serait mon prochain film...

J’avais pris la décision en marchant dans le verger derrière ma maison. Face à moi se dressait un pommier fatigué que je connaissais bien. Au printemps, après de longues années de stérilité et de bois mort je l’avais vu se transformer en feu d’artifice de fleurs roses. L’automne avait été son triomphe. Il s’était couvert de milliers de pommes. La récolte avait été étonnante. Je pressentais que ce serait la dernière. Souvent les arbres fruitiers, comme les cygnes, meurent à la fin d’un chant, dans l’éclat d’une dernière offrande.

Gérard Brach est mort en Septembre 2006, quatre jours après le début du tournage.

 

Sa Majesté Minor - José Garcia et Vincent Cassel

LE DECOR

Toutes ces répliques d’instruments ont réellement existé. Jean Jacques Annaud fouille, creuse, enquête. Tel un archéologue qu’il faillit être, il s’immerge dans le monde traité, l’époque abordée. Le cinéaste aime la matière, palper, toucher la texture des choses, des pierres. Pour trouver l’emplacement de son village il a survolé toute la Côte Ibérique. Avant de se poser près d’Alicante, de «trouver la situation que je souhaitais, soit 320° de décors purs, rugueux, sentant le thym.» Un emplacement à fl ancs de falaise faisant face à une petite île abritant, étrange coïncidence, le spécialiste mondial de cette époque. Un signe des dieux du cinéma ? Allez savoir. Toujours est-il que c’est à cet endroit que le village de MINOR prit forme. Mais pour qu’il ne ressemble en rien à celui des Schtroumpfs, Jean-Jacques Annaud et son chef décorateur Pierre Quefféléan ont bien pris soin de vérifi er que l’architecture ne dénote pas avec celle de la haute antiquité méditerranéenne. À force de compulsations, de recoupements, de déductions, d’essais, les maisons se sont dressées, par petits bouts. Avant d’êtres parfois démolies car jugées trop parfaites, puis reconstruites, en 2000 avant J.-C. la scie circulaire n’existait pas, rien n’était franchement droit. «C’est une folie à refaire, en convient Jean-Jacques Annaud,  cela coûte un peu plus cher. Échafauder de guingois de nos jours est très compliqué, alors que tous les matériaux de constructions sont rectilignes, fabriqués industriellement. Comment faire un mur médiéval avec du contreplaqué, une voûte khmère avec du placoplâtre, une façade tibétaine en trapèze sur une base d’échafaudages prévus pour s’emboîter à angle droit ? Il faut tout refaire à la main...» L’idée des cases du village, de chaque habitation, est venue en découvrant les «bories», ces édifi ces en pierres sèches qu’on rencontre sur tout le pourtour méditerranéen, de la Provence à Malte, de la côte Ibère au Maghreb. Il s’en trouve de toutes les formes, pour tous les usages : habitations, bergeries, lieux du culte. Les pierres sont seulement empilées, sans mortier. Ces constructions très saines, très aérées, sont très adaptées aux pays de chaleur. Jean-Jacques Annaud s’est amusé comme un fou, comme un fou de l’éphémère, comme un enfant qui construit son château de sable que la marée emportera, pour reprendre le mot de Jean-Luc Bideau. Soucieux du moindre détail. Il a pinaillé, gambergé, testé, gribouillé. Avec toujours en tête le souci de garder une cohérence visuelle. «Pour la maison communautaire, sorte de «case à palabre», comme on en rencontre encore dans les pays du Sahel, l’utilisation des matériaux et des techniques d’époque ont fait inventer à mon chef décorateur un bâtiment à l’allure du temple primitif. En cours de construction, les archéologues du coin nous ont révélé que nous étions en train de reproduire à l’identique, un temple de la période du proto bronze situé à quelques 100 kilomètres sur l’île de Minorque.» Vous avez dit bizarre ! Jean Jacques Annaud ne s’en cache pas, il adore toute cette mise en place, ce grouillement, la préparation, les expériences de tous calibres. Pour ne rien laisser à l’amateurisme, il a fait avec son équipe la tournée des musées d’Antiquité Minoenne, Étrusque, Ibère. La fabrication des costumes a conduit Pierre-Yves Gayraud, le créateur de costumes, en Roumanie, à la frontière avec la Moldavie. Dans le seul endroit où l’on tisse le lin et le chanvre à la main, où se fi le la laine à la quenouille, où le mordançage pour les teintures végétales se fait à la pisse d’âne. Et puis il a fallu trouver la coupe désirée, le tombé approprié sachant qu’un tissage serré ne se porte pas de la même manière qu’une trame plus lâche. Même travail avec l’équipe de Dominique Colladant pour les maquillages, inspirés du matiérage des corps et des visages de Mésopotamie, de Crête. Ces techniques se pratiquent encore de nos de nos jours, en particulier aux Comores, avec des enduits à base de poudre de corail et de jaune d’oeuf, ou chez les Himbas de Namibie, avec de la latérite fi xée au beurre..  La forêt, celle où gambade, butine, lutine Satyre, le Centaure et autres nymphes a été entièrement plantée en studio. «Cas d’école où le vrai n’aurait pas été vraisemblable. Mettre mes personnages mythologiques dans une forêt naturelle aurait dénoté. Là, tous les arbres sont en carton et les feuilles en papier. Tout s’intègre, s’imprègne. Sauf le sol qui est tapissé de vrai thym, afi n que le décor enchanté embaume mes acteurs.» Afi n de confectionner l’habillage visuel susceptible de transmettre les chaleurs, les frasques, les pulsions des personnages, la vie haut en couleurs, truffé d’odeurs Jean Jacques Annaud s’est laissé guider par ses souvenirs de visites dans tous les musées du monde, par les sensations ressenties en parcourant nombre d’ouvrages sur les peintres de toutes les époques. «Il y a toujours quelque chose à tirer, dit-il, car une image raconte un sentiment, autre chose. La manière dont-elle est éclairée n’est jamais innocente.» LE NOM DE LA ROSE puisait une partie de ses tons chez Breughel et La Tour, les paysages de L’OURS étaient inspirés de Friedrich et Bierstadt. Là, Jean-Marie Dreujou le directeur de la photo et le réalisateur ont regardé en direction de Carravagio et Rembrandt pour les intérieurs, de Gustave Moreau, Klimt, pour les nuits, et pour les extérieurs des toiles qui sentent le soleil, les tons d’un Cézanne ou d’un Matisse, ceux des peintres du du Sud. «Je suis allé voir du côté de chez Paul Signac, de Van Gogh, de Chagall, pour retrouver des aplats de couleurs fortes, multiples, exubérantes. J’adore pouvoir raconter des pans de l’histoire par la seule force visuelle.»

Sa Majesté Minor - José Garcia

Sa Majesté Minor - José Garcia

Sa Majesté Minor - Vincent Cassel

Sa Majesté Minor

 

(BANDE ANNONCE 2006)



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