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LE MARIAGE DE TUYA de Wang QUAN AN

Publié le

LE MARIAGE DE TUYA ( Tuya de hun shi ) (2006)

de Wang QUAN AN

avec Yu NAN - BATER - SENGE - BAOLIER - ZHAYA

Le Mariage de Tuya

L'HISTOIRE : 

Au coeur de la Mongolie chinoise, Tuya se bat pour faire vivre ses enfants et son premier mari blessé suite à un accident. Afin de résoudre ses problèmes, elle décide de divorcer et de trouver un nouveau mari. A la seule condition que celui-ci accepte de supporter toute sa famille, y compris son premier époux.

Le Mariage de Tuya

LA MOGOLIE INTERIEURE

La Mongolie Intérieure occupe 12% de la superficie de la Chine, soit pratiquement la France et l’'Espagne réunies. Parmi les 49 minorités occupant ce vaste territoire, les Mongols constituent la plus large ethnie vivant en Mongolie Intérieure. Dans le passé, les Mongols ont vécu de façon nomade, à la recherche d'’eau et d’'herbe pour leurs troupeaux. Ce mode de vie est le même aujourd’'hui. Dans certaines parties de la Mongolie Intérieure, les Mongols vivent toujours, comme leurs ancêtres, sur des terres arides, dans des huttes faites de bois et de couvertures. Ces habitations arrondies les protègent des vents violents et leur légèreté permet un transport plus aisé. Il est cependant difficile pour eux de préserver ce mode de vie dans un pays en plein développement économique et démographique. Pour exploiter et utiliser les ressources, le gouvernement chinois a mis en place dans tout le pays des projets ne prenant pas en compte les spécificités régionales. Avec ses abondantes ressources en charbon, gaz naturel, minéraux et cachemire, la région est une cible plus qu’'attrayante. En outre, afin d’étendre l’'industrialisation jusqu’'au désert, les gens des campagnes sont forcés de quitter leurs foyers. Si de telles mesures sont bien accueillies par certains, d'’autres tiennent à garder leur mode de vie traditionnel.

Le Mariage de Tuya

ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR

Votre film est avant tout un magnifique portrait de femme. Pouvez-vous nous parler de YU Nan, du travail que vous avez fait avec elle pour ce rôle, avant et pendant le tournage ?

Les trois films que j’'ai réalisés sont tous volontairement centrés sur la vie des femmes dans la Chine d’'aujourd'hui. Je voulais à chaque fois montrer les changements rapides et parfois violents de la société, ainsi que les conditions de vie réelles des chinoises. Et cela, à travers le destin d'’héroïnes, incarnées par YU Nan. Dans LE MARIAGE DE TUYA, elle a de nouveau réussi à rendre son personnage vibrant. Elle y est réaliste, dramatique, forte et attachante. Je n'’aurais pas pu tourner ce film sans elle. YU Nan est actuellement l’'actrice la plus talentueuse de Chine.

Pour les autres personnages de votre film, vous avez engagé des comédiens non professionnels. Pourquoi ce choix ?

L’'objectif de tous mes films est de montrer la vraie vie des gens. Pour rendre encore plus réalistes les situations, il me semblait important d’'engager des vrais personnages et non des acteurs professionnels. Pour que leur performance sonne juste et soit à la hauteur du jeu de YU Nan, j’'ai bien sûr dû faire un gros travail de direction d’'acteurs avec eux. Mais, cela tombe bien, car j'’aime bien ce travail et je crois même être assez doué pour y parvenir...

LE MARIAGE DE TUYA raconte une histoire d’'amour. Mais, c'’est aussi une comédie grâce aux savoureux défilés des prétendants. C’'est également un drame, avec deux divorces et une tentative de suicide. Comment définiriez-vous vous-même votre film ?

J'’aime le mélange des genres, associer la joie et la cruauté. C'’est comme la vie. Elle est à la fois une comédie et un drame. En plus, cela permet d'’exprimer les sentiments les plus complexes. Si la vie des personnages du film est sans doute dramatique, elle ne peut être traitée selon moi que sous une forme légèrement comique. C'’est ma façon de leur témoigner mon respect et mon amour. Les drames de leurs existences n’'ont pas pu leur ôter la joie de vivre et la fierté.

Bater, le premier mari de Tuya, incarne un monde en voie de disparition. Avant son accident, il était un berger nomade. Sa brusque sédentarisation, son entrée dans l’'hospice d'’une grande ville, sont synonymes de mort pour lui. Pouvez-vous nous parler des mutations récentes de la Mongolie et de leurs impacts sur la population ?

Historiquement, lors de tout changement d'’époque, ceux qui n’'arrivent pas à s’'adapter sont rejetés. En réalité, priver les Mongols de leur vie de bergers signifie la disparition imminente de la culture mongole. Je le déplore. L'’endroit où s’'est déroulé le tournage connaît actuellement cette mutation. Dans la scène de mariage de la fin, j'’insiste sur la cérémonie traditionnelle et les costumes pour montrer aux spectateurs la splendeur du trésor qui va disparaître.

Dans votre film, le contraste entre le monde des bergers dans leur yourte et celui des citadins conduisant des Mercedes est frappant. Êtes-vous nostalgique de la Mongolie telle que votre mère a pu la connaître ?

La Chine, en courant éperdument après une société matérialiste, perd quelque chose de plus fondamental : une partie de son âme et de son identité. De même, le développement agressif de l'’industrie a causé une très importante pollution en Chine. Dans le film, le développement sauvage de l'’industrie désertifie les plaines mongoles. On peut dire que ce peuple a perdu son patrimoine culturel en aspirant à une vie plus aisée.

Les images de votre film sont magnifiques. Les conditions de tournage dans les steppes mongoles ont pourtant dû être difficiles…

On a presque eu toutes les difficultés et obstacles qu’'un tournage pouvait rencontrer. D'’ailleurs, en rigolant, on m’a dit qu'’après ça, il n’'y aura plus de tournage difficile pour moi, quel que soit le défi. Mais j'’aime cette idée d’un tournage difficile. Un bon résultat ne peut s'’obtenir qu’'après un gros effort. Et le fait de vaincre les obstacles nous a rapprochés de l’'histoire du film et des personnages.

Le cinéma chinois connaît actuellement un vrai renouveau. Comment vous situez vous par rapport à cette nouvelle génération de réalisateurs ?

Parmi les réalisateurs de "la sixième génération", cinq à six sont très actifs. Actuellement, avec Jia Zhang Ke, nous sommes sans doute les plus influents et les plus connus au niveau international. Nous avons cependant des styles très différents. Personnellement, je privilégie les comédies parlant de la vie ordinaire où les héros ont une consistance, une épaisseur. J’'aime les films drôles et les histoires simples.

L’'Ours d’'Or que vous avez obtenu au Festival de Berlin va-t-il changer vos conditions de travail pour vos prochains films ?

Ce prix me conforte dans l’'orientation et le choix que j'’ai fait pour mes films. Il m'’encourage à tourner d'avantage. Bien que j’'ai déjà des propositions très bien financées et que je jouisse de conditions de tournage meilleures que celles de beaucoup de jeunes réalisateurs chinois, je tiens à conserver mon orientation. C’est-à-dire, parler des conditions réelles de la vie. Je consacrerai tous mes efforts à décrire l’'existence des chinois à travers le cinéma. Ceci pour deux raisons. Tout d'’abord, ce sujet m'’intéresse et j’'en ai la possibilité. Ensuite, dans le cinéma chinois qui est excessivement axé sur le matérialisme, ce genre de films est trop rare.

Le Mariage de Tuya

Le Mariage de Tuya

Le Mariage de Tuya

Le Mariage de Tuya

Le Mariage de Tuya

 

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