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CARAMEL de Nadine LABAKI avec Nadine LABAKI - Yasmine AL MASRI - Aziza SEMAAN

Publié le

CARAMEL (2007)

de Nadine LABAKI

avec Nadine LABAKI - Yasmine AL MASRI - Aziza SEMAAN - Joanna  MOUKARZEL - Gisele AOUAD

Caramel

L'HISTOIRE : 

A Beyrouth, cinq femmes se croisent régulièrement dans un institut de beauté, microcosme coloré où plusieurs générations se rencontrent, se parlent et se confient.
Layale est la maîtresse d'un homme marié. Elle espère encore qu'il va quitter sa femme.
Nisrine est musulmane et va bientôt se marier. Mais elle n'est plus vierge et s'inquiète de la réaction de son fiancé.
Rima est tourmentée par son attirance pour les femmes, en particulier cette cliente qui revient souvent se faire coiffer.
Jamale est obsédée par son âge et son physique.
Rose a sacrifié sa vie pour s'occuper de sa soeur âgée.
Au salon, les hommes, le sexe et la maternité sont au coeur de leurs conversations intimes et libérées.

Caramel

 

NOTE DE LA PRODUCTION

En octobre 2003, je suis allée présenter RESPIRO de Emanuele Crialese, que j’'avais coproduit, au festival de Beyrouth. En sortant de la projection, on m'’a présenté Nadine Labaki, connue au Liban pour ses pubs et ses clips de chanteuses arabes. Nous nous sommes parlées à peine dix minutes, mais dans ce laps de temps très court, Nadine a su exprimer avec une sincérité déconcertante combien le cinéma était toute sa vie. Je lui ai proposé de rester en contact et, si elle le souhaitait, de lui servir de coach. Un mois après, quand je lui ai écrit pour lui demander où elle en était, elle m'’a répondu qu’'elle travaillait sur une idée, et quelques jours plus tard, les premières pages de CARAMEL arrivaient... J'’ai alors proposé à Nadine de se présenter à la Résidence du Festival de Cannes, un lieu qui permet à de jeunes réalisateurs d’écrire leur scénario à Paris dans les meilleures conditions. Nadine a été retenue parmi plus de cent postulants !

En octobre 2004, elle a intégré la Résidence et elle m’a rendu son scénario six mois plus tard. Touchée par la grâce de cette histoire, je me suis sentie confirmée dans ma décision de produire le film.

En vue de trouver des partenaires libanais, je suis partie en août à Beyrouth où, après le printemps 2005 et le départ des Syriens, régnaient une effervescence artistique et un vent de liberté inouïs.

Je n’'ai pas rencontré de coproducteur mais j'’ai trouvé un distributeur enthousiaste, Sadek Sabbah, et des promesses de financements locaux. Très vite, j’ai décidé de créer ma propre société de production, Les Films de Beyrouth, et à partir de là je me suis rendue au Liban chaque mois. Avec une première assistante et un directeur de production français nous avons mis en place la structure de production du film. Il était important que toute la partie artistique (images, décors, costumes, musiques) reste libanaise.

Dès que le financement du tournage a été bouclé, j’'ai pensé qu'’il fallait foncer sans attendre la suite. Il a débuté le 20 mai 2006 et s'’est terminé le 2 juillet 2006. Nous avons fait une fête de fin de tournage mémorable, pleine de gaîté et d’'amis, le soir du match de Coupe du Monde France-Brésil. Une semaine plus tard, Beyrouth était bombardée !

Comme la post-production était prévue à Paris, il a fallu, dans cette période de conflit, rapatrier les rushes et Nadine, ce qui ne fut pas simple.

Aujourd'’hui, le film est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes où il sera projeté le 20 mai, un an jour pour jour après le premier jour de tournage ! La première projection à Beyrouth se fera devant l’'équipe du film. Pour nous tous, CARAMEL a été, de bout en bout, une aventure incroyable. Le lien qu'’il a tissé entre nous, dépasse largement celui d’'un film classique, tant l’'Histoire est venue se mêler à nos histoires et à l’'histoire du film.

Quant à moi, CARAMEL est ma fierté. Celle d’'avoir contribué à associer au nom de Beyrouth des images de vie et de lumière.

Anne-Dominique Toussaint

Caramel

BIOGRAPHIE DE NADINE LABAKI

Née en 1974 au Liban, elle passe son baccalauréat à Beyrouth en 1993. Diplômée en études audiovisuelles à l’'université Saint-Joseph de Beyrouth (IESAV), elle réalise son film d’école, 11 RUE PASTEUR, en 1997, qui obtient Le Prix du Meilleur Court-Métrage à la Biennale du Cinéma Arabe de l’IMA (Paris) en 1998.

Elle tourne ensuite des publicités et de nombreux clips musicaux pour de célèbres chanteuses du Moyen-Orient et pour lesquels elle obtient des prix en 2002 et 2003.

En 2004, elle participe à la Résidence du Festival de Cannes pour l’'écriture de CARAMEL, son premier long métrage.

Caramel

ENTRETIEN AVEC NADINE LABAKI

Pour un premier long métrage, cela ne devait pas être simple de réaliser et de jouer en même temps ?

Je reconnais que j’'ai beaucoup hésité. L'’idée de jouer me tentait, mais je craignais de faire du tort au film. Finalement, j’'ai pris le risque car cela m’a permis de diriger les scènes de l'’intérieur. Les actrices n'’étant pas des professionnelles, je pouvais impulser le rythme en étant au plus près d’'elles. D'’autant plus que, voulant que chacune garde sa manière de parler, je ne leur donnais pas de dialogues à mémoriser.

C’est un choix délibéré ou un hasard d’avoir des actrices non professionnelles ?

Je voulais des femmes qui, dans la vraie vie, ressemblent à leur personnage. J’'avais une idée très précise de leur physique, de leur personnalité, des mots qu’'elles devaient employer et je ne voulais pas de rôles de composition. Il a fallu chercher dans les rues, les magasins, chez des amis... Cela a pris du temps, mais elles collent toutes à la réalité des rôles.

Qui est Nisrine ?

Une musulmane de 28 ans, amie de Layale, qui travaille dans le salon de coiffure. Elle prépare son mariage avec un garçon musulman qui ne sait pas qu’'elle n’'est plus vierge. C'’est un très grand problème pour elle. Doit-elle le lui dire ou se faire recoudre, comme beaucoup de filles libanaises dans cette situation ? Yasmine Al Masri qui interprète ce rôle n’est pas actrice. Elle est née au Liban d’une mère égyptienne et d’'un père palestinien. C’'est une grande amie que j’'ai rencontrée à Paris où elle suit des études aux Beaux-Arts et de la danse orientale. Tout son travail, son combat même, est autour du corps de la femme. Nisrine ne pouvait être qu’'elle.

Et Rima ?

C'est une jeune fille de 24 ans, un peu garçon manqué, qui travaille comme shampouineuse au salon. Silencieuse et introvertie, elle n'’est pas voluptueuse et coquette comme les autres. Rima se cherche. Peu à peu, on découvre qu’'elle a un penchant pour les femmes. Mais, le sait-elle vraiment ? Joanna Moukarzel s’'occupe de gestion dans une grande entreprise d’électroménager. J’'ai été très vite convaincue et séduite par son côté spontané et vivant.

Et Jamale, la cliente ?

Jamale est l'’amie de toutes les filles du salon. On ne connaît pas vraiment son âge, ni sa confession. Elle a tellement peur de vieillir qu’'elle cache avec des subterfuges qu’'elle est ménopausée. Elle ne vit que dans l’'apparence. Beaucoup de femmes dans mon pays sont dans cette situation car la séduction est très importante dans l’'existence de la femme libanaise. Jamale veut devenir comédienne car, après avoir consacré sa vie à ses enfants, elle veut briller et exister, surtout qu'’on comprend que son mari l’a plaquée pour une fille plus jeune qu’'elle. Dans la vie, Gisèle Aouad est secrétaire de direction. Elle a une personnalité généreuse et extravertie qui correspond bien au rôle.

Et Rose, la couturière ?

Rose est une Chrétienne de 65 ans qui habite à côté du salon et qui connaît bien toutes les filles. Elle n’'a jamais été mariée car elle s'’est dévouée à sa soeur un peu folle. Quand elle rencontre un homme, Charles, elle laisse passer l’'amour, par sacrifice sans doute, mais aussi par autocensure. Au Liban, quand on est veuve, divorcée ou «vieille fille» on n'’a plus le droit d'’être amoureuse passé un certain âge. Sinon, on est tourné en dérision, on devient ridicule et l’'on fait honte à son entourage. Dans cette société fermée, la culpabilité vient d’'un attachement très fort à la famille et à la religion quelle qu'’elle soit. Sihame Haddad, qui incarne Rose, est femme au foyer. J’'ai tout de suite beaucoup aimé sa personnalité, très touchante malgré sa retenue.

Et Lili qui joue le rôle de la grande soeur de Rose ?

Lili est un cadeau du ciel ! Pour écrire ce personnage, je me suis inspirée d’'une femme dont on m'’a raconté l’'histoire. Quand elle était jeune fille, elle est tombée amoureuse d’'un officier français qui, lorsqu'’il est parti, lui a écrit des lettres tous les jours qui ont été confisquées par sa famille. Quand elle l’a découvert, c’'était trop tard. Depuis elle cherche ces lettres partout... Lili est une vieille fille un peu folle qui ramasse tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un papier. Aziza Semaan doit avoir dans les 85 ans. J’'étais désespérée de ne pas la trouver quand Je l’'ai aperçue dans la rue un Vendredi Saint. Tout de suite, je me suis dit que c’'était la Lili dont je rêvais. C’'est une Chrétienne qui ne parle qu’'arabe et dans la vie, elle est à la fois très sage et très rigolote.

Et puis, il y a cette femme, belle et mystérieuse, qui ne fait que passer et dont on ne sait rien.

Même pas son nom ! C'’est l’'exemple même de la femme parfaite. Cheveux, silhouette, vêtements... elle est tout ce qu'’un homme souhaite. Comme dans les pubs américaines des années 60, cette mère de famille au foyer incarne le stéréotype de l'’idéal féminin. Mais on comprend qu'’elle vit une énorme frustration, comme beaucoup de Libanaises qui s’'oublient pour coller à ce que l’on souhaite d’'elles. Entre cette femme et Rima naît une véritable attraction. Siham Fatmeh Safa est une musulmane chiite mariée à 13 ans qui vit seule aujourd’'hui. Elle dégage ce mystère dont j'’avais besoin pour le personnage.

Ces personnages sont-ils représentatifs des femmes libanaises aujourd’hui ?

Assez, oui. Mais je n'’ai pas voulu faire un travail sociologique et je n’'ai pas résumé, loin de là, la société libanaise. J'’ai fait ce film parce que je me pose beaucoup de questions sur les femmes libanaises. Obsédées par leur apparence, elles cherchent leur identité entre l’'image de la femme occidentale et celle de la femme orientale... La libanaise a toujours l'’impression de voler ses instants de bonheur. Elle doit sans cesse ruser pour vivre comme elle veut. Et quand elle y arrive, elle se sent coupable. On se leurre en pensant qu'‘elle est libre. Même moi, qui suis émancipée et qui fait le métier que je veux comme je le veux, je me sens conditionnée au plus profond de mon être par les traditions, l'’éducation et la religion. Les petites filles libanaises grandissent avec le mot arabe «aayib» qui, accompagné par un geste du doigt un peu menaçant, veut dire : «C'’est honteux...». C'’est honteux ceci ou cela. On a sans cesse peur de faire quelque chose qu'’il ne faut pas faire. Avec cette idée de sacrifice pour contenter ses parents, ses enfants, son mari, sa famille. À toutes les étapes de la vie on nous présente un exemple à suivre, qui, bien sûr, ne correspond pas à ce qu’'on a envie d’être. La femme libanaise, musulmane ou chrétienne, vit une contradiction entre ce qu’'elle est, ce qu’elle a envie d’être et ce qu'’on lui permet d’être.

Dans le film Jamale est obsédée par la chirurgie esthétique.

Est-ce le reflet d’un état d’esprit dans le pays ?

Comme partout ailleurs, je pense. Mais comme nous sommes un pays très extraverti c'’est une véritable explosion à Beyrouth. On commence très jeune. Nez, bouche, liposuccion, sourcils, lifting, seins... tout y passe. Je ne suis pas contre tant que cela fait du bien. Je le deviens face aux excès, car la femme libanaise s’'est créé sa propre échelle de beauté qui ne ressemble à aucune autre dans le monde : sourcils très haut, nez minuscule, lèvres charnues, pommettes saillantes etc. On veut ressembler à la femme occidentale, mais avec nos propres critères qui ne sont pas des plus discrets.

Se faire recoudre l’hymen avant le mariage est aussi une pratique courante ?

Chez les musulmans comme chez les chrétiens, la virginité reste une valeur. C'’est là encore très représentatif de la société libanaise. Toujours privilégier l'’apparence avec cette peur de ne pas correspondre au modèle. Cela se fait en cachette mais dans des cliniques qui ont pignon sur rue. Les hommes ne sont pas très clairs sur cette question. Du coup, on ne sait jamais ce qu'’ils pensent vraiment. Même s'’ils prétendent avoir les idées larges, devant la réalité, comment vont-ils réagir ? Entre la modernité et la tradition, les hommes sont souvent aussi perdus que les femmes. Mais, là encore, il ne faut pas faire de généralités.

L'’homosexualité est-elle encore un tabou aujourd’hui ?

Oui, certainement. Dans le film, Rima ne vit pas son homosexualité. Cela se limite à des sensations pendant les shampoings qu’'elle fait à la belle inconnue. Et d’'ailleurs, ses amies s’en aperçoivent, mais elles n’'en parlent pas.

Quand Layale cherche un hôtel pour passer un moment avec son amant, on lui demande de prouver qu’elle est mariée. C’est aussi une réalité ?

Pas dans les hôtels touristiques. Mais dans les autres oui. Ou alors, on vous regarde avec un regard suspicieux. Légalement, on n’a pas le droit d’'aller à l’hôtel si on n’'est pas marié. La société libanaise est encore très puritaine.

Et les hommes, tous des machos ?

Pas du tout. Dans le film, ils sont tous sympathiques, le flic, le fiancé, le vieux monsieur... Le seul salaud, c'’est l’'amant dont on ne voit jamais le visage. C'’est volontaire car le modèle du mari qui a une maîtresse existe dans tous les pays du monde. Les autres hommes sont, en fait, comme j’'aimerais qu'’ils soient. Le policier romantique surprend par sa sensibilité. Charles, l'’homme âgé qui tombe amoureux de Rose est élégant, touchant et son regard sur Rose est plein de tendresse. En réalité, l'’homme libanais connaît lui aussi une crise d’identité.

L'’humour est très présent dans ce film.

C’est une qualité libanaise ou une des vôtres ?

L'’autodérision est très présente chez nous. C’'est une manière de surmonter tout ce que nous avons vécu. Les Libanaises sont des survivantes. Comme toutes les femmes arabes, elles sont passionnées et dotées d'’un fort tempérament. Mais elles refusent de dramatiser et de se laisser emporter par la tristesse. Leur manière de se défendre, c'’est de tout tourner en dérision. Lorsqu’'on a connu la guerre, comme nous, on relativise beaucoup de choses.

Quand en 1990, la guerre s’est arrêtée, vous aviez 17 ans.

CARAMEL est le premier film libanais qui n’en parle pas. Pourquoi ?

Quand j’'ai fait ce film, j’'avais envie d'’écrire l’'histoire à venir et de ne plus regarder en arrière. Je fais partie d’'une génération qui veut raconter autre chose, des histoires d’'amour par exemple, plus en rapport avec les sentiments que nous connaissons et les expériences que nous vivons qu’'avec la guerre. On a tellement vu, analysé, revu, décortiqué les événements passés que j’'éprouvais le besoin de ne pas en parler. Malheureusement, huit jours après la fin du tournage, on nous faisait revivre des événements dramatiques.

Après la guerre de l’été dernier, pourriez-vous écrire le même scénario, aujourd'’hui ?

Quand cette guerre a éclaté, je venais à peine de finir le tournage. J’'ai connu alors un sentiment de culpabilité très fort : «À quoi rime ce film coloré, qui parle de femmes, d’'amour et d’'amitié ?». Pour moi, le cinéma devrait remplir une mission et aider à changer les choses. Mais qu’'est-ce que mon film allait apporter ou changer ? J'’ai même été tentée de tout abandonner. Finalement, je me suis dit que CARAMEL est, une fois encore, une manière de survivre à la guerre, de la dépasser, de la gagner et de se venger. C’'est ma révolte à moi et mon engagement. Alors oui, si je devais écrire aujourd'’hui ce film, je ferais le même.

Pensez-vous que les relations entre les différentes communautés pourraient s'’arranger grâce aux femmes ?

Je crois que oui. Les femmes possèdent plus de passerelles entre elles que les hommes : les enfants, la préservation de la vie, la complicité, les histoires d’'amour... musulmanes ou chrétiennes, on ne peut pas nous enlever ça, même sous les bombes. Je crois à l'’universalité de ces sentiments.

Pourquoi avoir tourné en libanais ?

C'’est la langue de mon pays ! Je ne peux pas imaginer un film libanais, qui parle du Liban et qui est joué par des Libanais autrement que dans cette langue qui est la mienne !

C'’est un hasard ou un choix d'’écrire ce scénario avec deux hommes ?

C'’était essentiel. Comme je ne voulais pas un film purement féministe, j’'avais vraiment besoin du regard des hommes.

Quel genre de lumière avez-vous demandé au chef opérateur ?

Yves Sehnaoui est un jeune libanais très talentueux. Je lui ai demandé une lumière sensuelle, chaleureuse, colorée, douce et caressante sur la peau et couleur... caramel.

Et pour les décors ?

On s’'est inspiré avec Cynthia Zahar d'’un très beau salon à Beyrouth. Mais, je voulais, en plus, qu’'à 'l'’intérieur, on sente un lieu qui a vécu. Pour la maison et l’'atelier de Rose, je souhaitais aussi susciter cette impression que des époques avaient défilé. Et Cynthia a su, avec talent, inscrire ce sentiment du temps qui passe.

Et les costumes ?

C’'est ma soeur, Caroline, qui les a imaginés. Elle a donné au film un univers tout à fait particulier grâce à ses mélanges de styles et d'’époques et à son sens aigu de l’'observation. Sa précision dans le choix des matières et des couleurs a très bien réussi à nous convaincre du réalisme des personnages...

La musique est très présente dans le film. Comment avez-vous procédé ?

Khaled Mouzanar le compositeur me connaît très bien... C’'est mon futur mari ! Auteur compositeur, il sort son premier album de chansons françaises chez Naïve. Sa musique m’a toujours évoqué des images. Il a un univers tout à fait particulier, mais sait très bien se mettre au service d'’un scénario et d’'une histoire. Il a vécu avec moi toute l'’aventure du film et je n’'avais pas besoin de parler pour qu'’il comprenne ce que je voulais. Je lui ai fait écouter des chansons qui me font voyager et rêver et il a réussi ce mélange difficile entre la musique orientale et occidentale qui fonctionne formidablement bien dans CARAMEL. Grâce à lui, la musique est un véritable personnage.

Finalement, CARAMEL est-il un film politique ?

Ce n'’était pas dans mon intention quand je l’'ai écrit. Mais maintenant, à cause des événements, je dirais que oui. Au Liban, tout est devenu un acte politique, la politique se faufile jusque dans l’'intimité de nos vies! J'’ai cru y échapper, mais la réalité de la guerre m’'a rattrapée. Aujourd’'hui, avec les tensions qui règnent au Liban, CARAMEL porte malgré lui un message : en dépit de l'’opposition entre les différentes religions, réactivées par cette guerre, la cohabitation et la coexistence sont naturelles. Du moins, c’'est comme cela qu'’il faudrait vivre.

Comment résumeriez-vous votre film ?

En une phrase, je dirais : «C'’est l’'histoire de cinq femmes libanaises, cinq amies d'’âges différents, qui travaillent et se croisent dans un institut de beauté à Beyrouth». Si je développe un peu, j’'ajouterais : «Dans cet univers typiquement féminin, ces femmes - qui souffrent de l’'hypocrisie d’'un système traditionnel oriental face au modernisme occidental - s'’entraident dans les problèmes qu'’elles rencontrent avec les hommes, l’'amour, le mariage, le sexe...». Aujourd'’hui, dans cette partie du monde, le Liban apparaît comme un exemple d'’ouverture, de libération et d'’émancipation. Mais ce n'est pas toujours vrai. Derrière cette façade, nous subissons encore beaucoup de contraintes, la crainte permanente du regard des autres et la hantise de leur jugement. Dans ce contexte, la femme libanaise est minée par les remords et la culpabilité. Dans ce salon de coiffure et d’esthétique, mes héroïnes se sentent en confiance. C'’est un lieu où, même si l’'on est regardé dans ce qu'’on a de plus intime, on n'’est jamais jugé. La femme qui nous épile nous voit toute nue, au sens propre comme au sens figuré, car c'’est un moment où l’'on ne triche pas. Peu à peu, on lui raconte notre vie, nos peurs, nos projets, nos histoires d’'amour etc.

Pourquoi ce titre CARAMEL ?

C’'est la pâte épilatoire faite à la manière orientale : un mélange de sucre, de citron et d’'eau que l’'on fait bouillir jusqu'’à ce qu'’il devienne du caramel. On étale ce mélange sur du marbre pour qu'’il refroidisse un peu. Et l’'on en fait une pâte qui sert à épiler. Mais CARAMEL, c’'est aussi l’'idée du sucré-salé, de l’'aigre-doux, du sucre délicieux qui peut brûler et faire mal.

 

Parlez-nous des personnages.

Layale d'’abord, le rôle que vous interprétez.

C’'est la propriétaire du salon. Une jeune femme de 30 ans, chrétienne, qui vit encore chez ses parents comme pratiquement toutes les filles qui ne sont pas mariées au Liban. On voit à travers ses bijoux, son amour de la Sainte Vierge, son vocabulaire qu’'elle est très attachée à sa religion. Layale est amoureuse d’'un homme marié dont elle est la maîtresse. C’'est l’'exemple même de la contradiction. D’'un côté, sa famille qu’'elle ne veut pas décevoir, sa religion, un cocon protecteur et de l’'autre, cet homme dont elle est complètement dépendante et qui représente l’'interdit total, la transgression.

 

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