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ET TOI T'ES SUR QUI ? de Lola DOILLON avec Lucie DESCLOZEAUX - Christa THERET - Gaël TAVARES

Publié le

ET TOI T'ES SUR QUI ?

de Lola DOILLON

avec Lucie DESCLOZEAUX - Christa THERET - Gaël TAVARES - Nicolas SCHWERI

Et toi, t'es sur qui ?

L'HISTOIRE : 

Elodie, une adolescente de quinze ans, décide avec sa meilleure amie, une gothique du même âge, de coucher pour la première fois avec des garçons. Il ne leur reste qu'une semaine avant les vacances. Elles vont se confronter à une réalité qu'elles avaient envisagée différemment. En parallèle, Elodie découvre comment l'amitié qu'elle partage avec son ami Vincent peut se transformer en sentiments amoureux...

Et toi, t'es sur qui ? - Gaël Tavares et Héloïse Etrillard

ENTRETIEN AVEC LOU DOILLON

Comment est née l’idée de ET TOI T’ES SUR QUI ?

C'’est venu après avoir réalisé le court métrage MAJORETTES, qui racontait trois petites histoires d'’adolescents. Comme le tournage s'’était bien passé, que j’'avais aimé diriger les ados, j’'ai eu l’'envie de prolonger et d'’approfondir cette aventure dans mon premier long métrage. Je me suis donc posé la question : «Qu’est-ce que vivent les adolescents ?».

Or ils vivent beaucoup de premières fois, y compris sexuelles ou sentimentales. Ils ont tout d'’un coup beaucoup de responsabilités qui leur tombent sur le coin de la gueule, des choses qu'’ils apprennent à vivre dans beaucoup de domaines, notamment en amour. Et tout ça c’'est compliqué à vivre, à gérer. C'’est ce débordement de confusion qui me touche.Tout le monde a vécu ça, c'’est universel. Je me suis dit que c'’était ça mon sujet, «les premières fois».

Le scénario de ET TOI T’ES SUR QUI ? est tellement juste que les adolescents qui jouent dans le film s’y sont reconnus. L’écriture a été difficile ?

Non, l’'écriture n’a pas été compliquée. J'’ai dû rester très très adolescente ! Mon premier désir était d'’être proche d’eux, à leur hauteur, dans leur groupe, de ne pas avoir un regard d'’adulte sur une idée d’'adolescence qui date d'’il y a quelques années. Ça passait notamment par le langage. J'’ai donc écrit un premier scénario, avec mes propres expressions et quelques autres qui m'’amusaient, puis je l'’ai retravaillé au moment du casting et après avoir choisi les acteurs. Car le langage des ados change selon les époques. J'’étais complètement hors-jeu quant aux expressions d'’aujourd’hui.

Pendant le casting, j'’ai beaucoup écouté les adolescents que je rencontrais. Pas seulement pour emprunter leur langage, mais aussi pour savoir si ce que j’'avais écrit n’'était pas hors du contexte social actuel. Les modes et moyens de communication évoluent (chat, SMS, etc...) mais les sentiments restent les mêmes !

ET TOI T’ES SUR QUI ? c’est donc des histoires de premières fois adolescentes, mais c’est aussi votre premier long métrage. Avez-vous appréhendé cette première fois ?

Oui. C'’est normal d’avoir une appréhension à l'’approche de chaque nouvelle étape du film. Mais c’'est plus de l’'excitation que de l’'angoisse. Un tournage de court, ça ne dure que quelques jours, c’'est beaucoup plus léger, un peu plus rock n'’roll... Sur le tournage du long (cinq semaines), je ne savais pas si je saurais diriger ces acteurs, cette équipe... Écrire un scénario, c’'est bien, mais après il faut réussir à dire aux acteurs et à toute l’'équipe ce qu’'on a dans la tête !

Pour les acteurs adolescents du film, tourner ET TOI T’ES SUR QUI ? restera sûrement comme un moment fort dans leur vie. Vous aviez conscience de cette responsabilité à leur égard ?

Oui. La responsabilité de tourner avec des ados, de les faire jouer dans un film, est assez énorme. Pour la plupart d’'entre eux, ils n’'avaient pas demandé à faire du cinéma. On les a trouvés un peu à gauche à droite, dans le métro, dans la rue... et on les a emmenés vivre une expérience assez forte sur le tournage. D’'autant plus que je voulais tirer d’eux des émotions qu'’ils n’'avaient pas forcément envie de vivre ou de ressentir, qui n'’étaient pas évidentes à donner à cet âge-là. Au bout de cinq semaines de tournage, je ne pouvais pas les relâcher dans la nature en leur disant : «Voilà, c’est bon, c’est fini, merci.» Une fois le casting terminé, on a fait tout un travail avec eux pour leur expliquer que ce tournage n'’allait être qu’'une aventure éphémère, peut-être intense et importante, et qu'’après ils reprendraient leur quotidien. Le pire aurait été de leur dire : «Le cinéma c'’est magnifique, tu vas vivre des choses fantastiques et tout va continuer comme ça après, toute ta vie.» Mon but était, au pire de les rendre à leurs parents comme ils étaient avant, au mieux qu'’ils reviennent avec un peu plus de confiance en eux.

Alors qui sont ces interprètes des cinq personnages principaux de ET TOI T’ES SUR QUI ?

Il y a Lucie Desclozeaux qui interprète Elodie, une adolescente qui doit apprendre à se laisser aller, à faire confiance à ses sensations. Sa meilleure amie Julie, alias «Batman», jouée par Christa Theret, est une fille impulsive contrairement à ce que pourrait laisser penser son look de gothique. Vincent, interprété par Gaël Tavares, est le meilleur ami d’'Elodie. Il est amoureux d’'elle et souffre de cette situation. Nicolas, joué par Nicolas Schweri, est le frimeur qui ne pense qu’'aux filles. Contrairement à Alex, joué par Shomron Haddad, le passionné de jeux vidéo.

Comment les avez-vous choisis ?

Ils étaient à la fois proches des personnages qu'’ils devaient interpréter et leur apportaient quelque chose en plus, de différent et de plus intéressant. Pour Julie, la «gothique», je pensais qu’'elle serait un peu molle, un peu suicidaire, et je suis tombée sur Christa qui est pleine de vie, très spontanée. Je me suis dit que c'’était ce qu'’il fallait pour ne pas tomber dans le cliché. Et ça a été la même chose pour chacun des adolescents.

Comment s’est passé le tournage avec eux ?

Ils m’'ont beaucoup étonnée. La première semaine, quand ils sont arrivés, à l'’exception de Christa, aucun d’eux ne savait ce qu'’était un tournage. J’'avais beau leur avoir expliqué en amont qu'’il y aurait une caméra, quelqu'’un derrière cette caméra, quelqu’'un pour faire le point... tout ça était resté franchement abstrait. Il y a eu une première étape de découverte du tournage, de l’'équipe, de «qui était là et pourquoi». Puis quand je leur ai demandé d’'être leur personnage, que les premières scènes un peu plus compliquées sont arrivées, ils ont dû passer par une autre étape qui était celle d'’accepter de jouer, d'’accepter d'’interpréter leur rôle. Et cela passait évidemment par le fait de se laisser aller, de me faire confiance, de «travailler».

Ils n’ont pas éprouvé de gêne à jouer certaines scènes amoureuses ?

Ils avaient une grande appréhension à devoir s'’embrasser ou être intimes devant une caméra. C'’était ce qu'’il y avait de plus angoissant pour eux – pas tant l’'acte que le regard de l’'autre, des autres. Après une ou deux prises, ils se sont rendus compte que ce n’'était pas si dur que ça (bien moins compliqué que d’'apprendre des pages de dialogues !) et que ça faisait juste partie intégrante de leur travail, pour eux et pour l’'équipe. En revanche, le plus compliqué pour eux a été d'’interpréter certaines scènes où il fallait exprimer plus de sentiments. Et selon chacun des acteurs, extérioriser ou intérioriser allait à l’'encontre de leur caractère propre. Mais avec beaucoup de mérite, ils ont tous dépassé ces limites.

Quelle adolescente étiez-vous ? Vous rêviez déjà de cinéma, d’être réalisatrice ?

J’'étais relativement timide et réservée... À part ça je crois que j'’ai fait autant de conneries que les autres ados! J'’étais incapable de dire : «J'’aimerais beaucoup être réalisatrice», mais c'’était quand même là quelque part.

Vous portez le nom d’un cinéaste connu, qui lui aussi a filmé l’enfance et l’adolescence. Vous pensez que ça va être facile pour vous d’assumer la comparaison comme la filiation ?

Je l’'assume totalement. Je suis la fille de Jacques Doillon depuis 32 ans. Ça n'’a donc rien de nouveau. Beaucoup de gens m’ont dit : «C'’est risqué de partir sur un film avec des ados vu les films de ton père.» Certes. Mais il a aussi filmé des histoires d’'enfants, d’'adultes, d’'amour... À partir de là, pour me démarquer, il ne me restait plus que le western, les films de cul et les films d’'horreur ! J’'étais mal barrée !

Quel souvenir gardez-vous du tournage de ET TOI T’ES SUR QUI ?, de cette première fois ?

Comme beaucoup de premières fois, j’'y repense de façon nostalgique.

C’'est normal : il y a une sorte d’'exaltation de la première fois qui est marquante. Maintenant à chaque tournage son histoire...

Propos recueillis par Patrick Fabre

 

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