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LA FACE CACHEE de et avec Bernard Campan avec Karin Viard, Jean-Hugues Anglade

Publié le

LA FACE CACHEE (2007)

de Bernard CAMPAN (LES TROIS FRERES, LE PARI, LES ROIS MAGES)

avec Karin VIARD, Bernard CAMPAN, Jean-Hugues ANGLADE, Olivier RABOURDIN

La Face cachée 

L'HISTOIRE :

Après des années de vie commune, François et Isa vont enfin se rencontrer...

La Face cachée

“ La face cachée,

C’'est la face cachée des choses,

Tout ce qui sous-tend la vie et qui n'’apparaît pas.

Tout ce que l'’on ne voit pas et qui constitue pourtant l'’essence des choses.

C’'est ce que l'’on ne peut pas voir. C'’est le déni, le refus du réel...

C'’est la face cachée de l'’autre. L'’autre que l’'on ne connaîtra jamais vraiment.

L'’autre qui nous échappera toujours partiellement. ”

Bernard Campan

La Face cachée

ENTRETIEN AVEC BERNARD CAMPAN

Comment est née l’ envie de faire ce film en solo ?

L'’envie elle a toujours traîné, il a fallu qu'’elle prenne forme. En co-réalisant avec Didier Bourdon (Les trois frères, Le pari, Les rois mages), je ne m'’étais jamais senti réalisateur. Donc l’'envie de faire mon premier film tout seul était là depuis longtemps : j’'en parlais mais ça ne se faisait pas ! Un jour Philippe Godeau m'’a demandé si j'’avais des projets. Je lui ai parlé de cette envie et du fait que je n'’avais pas d’idée. Il m’a dit : "Moi j’en ai une." Je suis parti de son idée. Comme personne ne voulait écrire avec moi, j'’ai fait une première version et c'’est à partir de là que ça a vraiment évolué. J’'ai senti qu'’il fallait que j’'aille vers quelque chose qui m'’appartienne totalement, quelque chose de plus personnel. Et j’'ai vraiment trouvé l’'envie de faire mon film en tirant sur un fil de questionnements : Qui suis-je ? Comment je fonctionne ?... et une nouvelle idée est venue ! Le but, c'’était de le faire seul. Et, paradoxalement, ce premier film "solo", je l'’ai fait seul avec l’'aide de tout le monde. C'’est ça qui est formidable.

Voir vos amis des Inconnus réaliser leurs films comme le fait de jouer dans Se souvenir des belles choses et L'’homme de sa vie de Zabou Breitman, elle aussi comédienne, ça a contribué à cette envie?

Tout ça fait partie des choses qui m'’ont conduites vers le film. De voir Pascal Légitimus et Didier faire leur film, comme de découvrir un registre de comédien que je ne soupçonnais guère grâce à Zabou. Il me revient une phrase de Manuel Poirier avec qui je discutais de mon envie de film au Festival de Yokohama. Il m'’a dit : "Il faut que tu passes de l'’envie de faire un film à l’envie de faire CE film." Ces deux lettres, CE, m’'ont donné le vertige. J’'ai vu que je n'’avais que le désir du désir, l’'envie de l'’envie. Il fallait vraiment que j'’aille vers l’envie de faire CE film qui me touche. Et quand j'’ai réussi à trouver ce sujet qui me touchait plus personnellement, il n'’y a plus eu l’'envie de faire un film pour briller, pour montrer que j’'en étais capable, avoir la reconnaissance... Là, je me suis retrouvé devant un "truc" où j’avais tellement envie de fouiller, de gratter que je me moquais du regard de l’autre. L'’envie a été d'’aller encore plus vers l'’envie, de me demander : "Est-ce que ça me plaît vraiment ?". Le challenge était là. L'’écriture a été pour moi une rééducation. J’'ai eu une aventure professionnelle formidable en faisant ce film, mais c'’était aussi une découverte de mes propres envies, de mes propres fonctionnements. Faire ce que j’'aime et aimer ce que je fais. C'’est finalement la chose la plus difficile qui soit et en même temps ça a été mon guide le plus sûr pour arriver à mes fins.

Avez-vous eu l’'aide d'’un regard extérieur sur le scénario ?

La rencontre déterminante pour moi sur l’'écriture a été avec le philosophe suisse Alexandre Jollien. Il m'’a aidé à aller vers mon film. À son contact, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas assumer complètement le premier scénario. Et quand je suis reparti de zéro, il m'’a proposé une méthode d'’écriture en trois points. Premier point : invention à tout va ; deuxième point : essayer d’'assembler les idées ; troisième point : trouver une cohérence. Ne serait-ce que ça, ça m’a aidé. Puis il m'’a toujours exhorté à aller au plus près de moi-même, à ne pas me trahir. Il m’a dit : "Si tu montres ce film un jour à tes enfants, pour eux ce sera la vision du monde de papa et tu n’'as pas le droit de la trahir." C’'est tout simple, mais ça me poussait vraiment à rester intègre. Il me disait d’'être indulgent vis à vis de ce que j'’écrivais, mais pas complaisant. Un jour où j'’étais totalement découragé, sur le point d’'arrêter, il m’a dit : "Bernard, le découragement fait partie intégrante de la créativité." Il m'’a encouragé à être ouvert à tout ce qui se passe, m'’a guidé vers des lectures, a fait mon éducation. C’'est justement lui qui m'’a dit que l’'écriture était une rééducation, un réapprentissage.

Que peut-on dire - où ne pas dire - du sujet de La face cachée ?

Evitons de parler de la face cachée d'’Isabelle. C'’est pour ça que ce titre m’a plu parce qu'’il contient l'’idée qu'’il faut cacher quelque chose. Plus on peut éviter d'’aborder le mystère d'’Isabelle, mieux je me porte : le secret d'’Isa tiendra la place que chacun voudra lui donner. Pour moi le sujet n’'est pas là. Karin Viard a eu ce mot : "C’est un curieux objet ton scénario." Comment l'’attraper, quel est le sujet ?... C'’est à la fois sa faiblesse et sa force. D'’autant que c'’est plus un film sur l’'aveuglement de François, que vous interprétez, que sur le mystère d'’Isabelle/Karin Viard… On m'’a proposé à l'’écriture de nommer dès le début le mystère d'’Isabelle. J’'ai dit que je voulais bien laisser une porte de sortie pour qu’'au montage le spectateur ait une longueur d’'avance sur François, mais ce n’'est pas le sujet du film. Il faut qu’'on soit comme François : il est sincèrement en quête de vérité alors qu'’il ne voit pas la réalité qu'’il a juste en face de lui... Il cherche ses lunettes alors qu'’il les a sur les yeux. Il ne voit pas la souffrance de sa femme. Ça devait s'’appeler La vie est un rêve... titre issu d’'un proverbe Persan qui est : "La vie est un rêve dont la mort nous réveille." C’'est cette peur de la mort qui va réveiller François. Le bonheur ressemble à une prise de conscience pour lui.

Comment avez-vous veillé à l’'équilibre du film entre ce que vous pouviez révéler et ce qu'’il fallait cacher ?

Tout y a participé. J’'étais sur un chemin de crête. Il ne fallait pas trop pencher ni d'’un côté ni de l’'autre. À l’'écriture, j'’ai essayé de le ressentir, de l’'aménager. Au montage, j’'ai veillé à ce que l’'on ne comprenne pas trop les réactions des personnages, qu'’on reste toujours dans un point d'’interrogation. Il ne fallait ni trop perdre le spectateur, ni trop lui en dire. Quand mes monteurs me disaient : "Là c'’est bien compréhensible". Je leur répondais : "Alors peut-être que l'’on fait une erreur."

Quelle part il y a de Bernard dans François ?

L'’idée c'’est qu’'il y ait 100 % du Bernard Campan que j'’étais il y a 10 ans. J'’ai changé. Ma vision du monde a changé. Mais c’est 100 % moi. C'’était le défi : que je ne puisse rien renier de la façon dont ce personnage voit le monde.

Est-ce que ça vous est arrivé ?

C'’est vrai qu'’à un moment le scénario a pris une autonomie. Mais avant je suis passé par des affres et des souffrances à me rouler par terre et à pleurer. Je me disais : "Pourquoi je m'’inflige ça alors qu'’on me propose des films ?". Et puis il y a eu des moments de grâce où l’'histoire répondait d'’elle même aux problèmes qu'’elle soulevait.

Et la réalisation ?

J’'ai toujours considéré La face cachée comme mon premier film. Je me suis mis vierge de toutes mes précédentes expériences. Il y a plein de choses dans le film dont je me dis que ce n'’est pas comme ça que j'’aurais aimé les filmer. Et pourtant c'’est comme ça que j’'ai fini par l'’aimer. Au-delà des défauts que je lui trouve, je l'’aime. Et je trouve magnifique le fait que le film s'’impose de lui-même.

Avez-vous eu peur de passer derrière la caméra ?

Quinze jours avant le tournage, j’'avais les jambes en coton en pensant à "moteur !". Et puis trois ou quatre jours avant le tournage, on a fait une lecture avec Karin et ça a été un déclic. Le matin du tournage, je me suis réveillé, il faisait beau, et je me suis dit : "Aujourd’hui je donne le premier tour de manivelle de mon premier film !". J’'ai mis le pied en dehors du lit, j'étais heureux. J'ai eu l’impression que la première journée durait une minute. Après quelques semaines sont venus les doutes, mais toujours dans un sentiment général de confiance. L'’équipe était là. Ils étaient tous tellement compétents. Ils m'’ont tous sauvé, chacun dans son domaine, de plein d’'erreurs. On ne fait pas un film tout seul dans son coin.

C’'était comment de travailler avec Karin et Jean-Hugues ?

Jean-Hugues, je l’'ai fait énormément souffrir. Le personnage de Xavier étant tellement imprégné en moi que je ne le lâchais pas sur des petites intonations, des petites choses... Plus pour se rapprocher du fond qu’'autre chose... Il a été d’'une grande patience. Je l'’ai "harcelé" pour obtenir ce que je voulais. Pourtant je l’'avais cette tension intérieure subtile que je cherchais, mais je ne la voyais pas tellement c'’était subtil. Je lui avais demandé d’'être très peu démonstratif et j’étais moi-même le premier surpris que ce ne soit pas démonstratif ! Avec Karin, c’était différent. Parce que c’est quelqu'’un qui m'’impressionne. C'’est un soldat. Un jour, alors que je devais lui réécrire un monologue, je lui ai demandé si ça ne l’'embêtait pas que je le lui remette un peu plus tard. Elle a été catégorique : "C’est pas possible. Je vais avoir besoin de cette semaine pour digérer le texte, il me le faut maintenant !". Alors je lui ai expliqué que je n'’y arrivais vraiment pas, que je manquais de temps. Elle m’'a répondu simplement : "Je vais t’'aider !". On l’'a écrit ensemble et c'’était magnifique.

Sur le plateau, quel sentiment éprouviez-vous ?

Souvent un sentiment de plénitude. C'’est la sensation royale. Ça m’'est arrivé à plusieurs moments de me dire : je suis à ma place.

Et maintenant que vous avez fait La face cachée, comment vous sentez-vous ?

Ce n'’est pas tant de faire La face cachée qui m'’a rendu heureux, c'’est la façon de le faire. D'’ailleurs ce film je l’'ai accompli plus que je ne l’'ai fait. Je suis plus allé vers la recherche de ma propre satisfaction que vers celle d'’une perfection. La perfection est un idéal qui peut créer beaucoup de souffrance. Pour moi, le fin mot de cette aventure, c'’est la conscience. La conscience que j'’y ai mis, qui m’a donné un sang neuf et qui a fait que pour moi, tout était nouveau. J’'espère ne pas devenir un réalisateur de films au pluriel, mais bien le réalisateur d’'un film à chaque fois. Et que chaque tournage sera une nouvelle aventure, une nouvelle façon d’'avancer dans la vie et d’'en jouir.

La Face cachée

 

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