Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LES CHANSONS D'AMOUR (BANDE ANNONCE 2007) avec Louis GARREL, Ludivine SAGNER, Chiara MASTROIANNI

Publié le par ERIC-C

LES CHANSONS D'AMOUR

Film dramatique musical de Christophe HONORE (17 FOIS CECILE CASSARD, MA MERE, DANS PARIS)

avec Louis GARREL, Ludivine SAGNER, Chiara MASTROIANNI, Clotilde HESME

LES CHANSONS D'AMOUR (BANDE ANNONCE 2007) avec Louis GARREL, Ludivine SAGNER, Chiara MASTROIANNI

L'HISTOIRE : 

Toutes les chansons d'amour racontent la même histoire : "Il y a trop de gens qui t'aiment"... "Je ne pourrais jamais vivre sans toi"... "Sorry Angel". Les chansons d'amour raconte aussi cette histoire-là.

 ENTRETIEN AVEC CHRISTOPHE HONORE      

LES CHANSONS D’'AMOUR s’'est élaboré à partir d'’un matériel musical pré-existant : des chansons signées Alex Beaupain...

Je connais Alex depuis qu'on a vingt ans. Il a fait la musique de tous mes films, je lui ai moi-même écrit quelques paroles de chansons. Après l'accueil de DANS PARIS, qui me permettait de proposer vite un autre projet, je lui ai demandé si je pouvais me servir de ses chansons - certaines issues de son dernier album, d'autres beaucoup plus vieilles - et je les ai intégrées dans un scénario qui racontait une histoire assez douloureuse qui nous était commune. J'ai fait ensuite un travail d'adaptation sur ses textes, et lui ai demandé d'écrire de nouvelles chansons.

C’'est la première fois que vous vous confrontez aussi frontalement au sentiment amoureux...

Dans DANS PARIS, j'ai osé présenter des gens qui étaient dans l'amour l'un de l'autre, mais il s'agissait surtout d'amour fraternel, je restais gêné par le sentiment amoureux. Pour moi, ce n'était pas rien de mettre le sentiment au coeur d'une histoire, je n'ai jamais su faire ça. D'où l'idée de faire un film où les personnages se mettent à chanter dès qu'ils sont dans un état amoureux parce qu'ils sont dans l'incapacité de l'exprimer autrement. J'ai toujours aimé la chanson, cette manière d'être dans un sentiment intense, mais fugitif, avec un souci permanent de légèreté. J'ai toujours été très fan des chansons d'amour, je peux être bouleversé par une variété française qui a priori ne m'intéresse pas musicalement simplement parce que je suis touché par un refrain, une voix, une émotion que je trouve très justement exprimée.

Vous aviez envie de faire une comédie musicale depuis longtemps ?

Oui, mais je voulais que le choix du genre soit justifié, ne pas être dans la parodie des codes. L'ironie est souvent très flatteuse parce qu'on a l'impression d'être malin mais ça n'a strictement aucun intérêt. Il n'était pas question pour moi de parodier le genre, juste me dire : «Ce film est une comédie musicale parce que les personnages ne peuvent pas exprimer leurs sentiments autrement qu'en chantant.» J'aime l'esprit de la comédie musicale, proche de celui de la pop : ne jamais se plaindre, ne jamais s'appesantir, s'offrir la possibilité du lyrisme à partir d'une tragédie quotidienne.

Être parti d'’un matériau chanté préexistant a modifié votre façon d’écrire le scénario ?

LES CHANSONS D'AMOUR raconte une histoire tellement personnelle que je la connaissais par coeur. La question de l'histoire ne s'est pas posée en fait, seulement l'idée de comment l'affronter sans être pétrifié, comment la raconter, la faire fonctionner dans une structure musicale qui rejaillisse sur l'ensemble du film. Les lieux, comme l'appartement des parents, reviennent comme des refrains, avec une tonalité changée selon ce qui s'est passé dans le couplet précédent. Et comme dans les chansons où certains instruments reviennent ou disparaissent pendant que d'autres s'ajoutent, les personnages secondaires viennent relancer la fiction et d'autres finissent par en être évacués.

Comment s’est passé le travail musical sur le film ?

On a réarrangé les chansons d'Alex avec Frédéric Lo, qui a notamment travaillé avec Daniel Darc - en ne perdant jamais de vue qu'on n'avait pas un an devant nous, ni le budget pour faire venir un orchestre. Nous avons essayé de faire correspondre notre désir avec nos moyens, et je pense que cela finit par créer une esthétique, une justesse. On parle souvent de la justesse des comédiens, de la bonne distance d'une mise en scène mais l"esthétique générale d'un film doit elle aussi être juste. Alex et moi ne voulions pas que les chansons sonnent «cheap». Les acteurs ont beaucoup répété avec Alex. On a fait les premières lectures tous ensemble début novembre, puis enregistré les chansons juste avant Noël pour avoir les play-back sur le tournage, qui commençait en janvier.

Filmer des personnages qui chantent a-t-il modifié votre rapport à la mise en scène ?

Filmer des personnages qui chantent est très compliqué en termes d'incarnation. Il faut arriver à ce que le passage du parlé au chanté, puis le retour au parlé, paraisse naturel... Mais qu'en même temps, il se passe quelque chose de l'ordre du «pas naturel». Il faut que la mise en scène accepte de s'affranchir d'un réalisme, mais sans tomber dans le clip. La peur de transformer mon film en 13 clips me donnait des sueurs froides. À tel point que la première chanson que j'ai tournée, je l'ai faite en plan séquence, en m'interdisant tout découpage. Mais je me suis aperçu tout de suite que c'était une très mauvaise idée, parce que j'allais me retrouver au montage avec des plans séquence que je ne pourrais absolument pas couper. Je suis donc allé dans une mise en scène et des découpages de plus en plus complexes au fil des chansons et selon l'émotion qu'elles expriment.

«Le départ», «L’absence», «Le retour»... Une structure en trois parties...

C'est au montage que je me suis aperçu qu'il y avait trois parties dans le film. C'est la structure classique de toute comédie ou drame sentimental. Dans LES CHANSONS D'AMOUR, le retour du sentiment amoureux passe par un tiers extérieur au drame, et par l'arrivée d'un fantôme. Peut-être d'ailleurs que le désir fondateur du film était d'offrir à ce fantôme là un retour sur terre le temps d'une chanson.

Chacun des personnages réagit très différemment à l’irruption du tragique...

J'ai l'impression qu'ils réagissent surtout à des vitesses différentes. Ismaël (Louis Garrel) marche à l'aveugle mais il continue à marcher, malgré tout. Dès le début du film, je l'ai filmé en mouvement, et ce mouvement, je refusais de le suspendre malgré le surgissement de la catastrophe. Et puis Erwann (Grégoire Leprince-Ringuet) accélère un peu plus sa course. Jeanne (Chiara Mastroianni), elle, est condamnée à l'immobilité : elle reste un point fixe. La catastrophe la fige. Quant à Alice (Clotilde Hesme), elle marche à côté d'Ismaël, puis elle prend une parallèle, part dans une autre histoire avec ce garçon breton qu'elle rencontre. Souvent dans mes films, la tragédie naissait de l'attente de la catastrophe. LES CHANSONS D'AMOUR est plus dans la conséquence, la résistance. C'est un film plus au présent finalement. Ici la catastrophe offre de nouveaux territoires à parcourir.

Notre époque aussi a droit à ses tragédies ?

La tragédie ne prévient pas, on n'a pas besoin de la Guerre de Troie pour qu'elle fasse irruption dans notre vie. L'idée a été d'incarner l'histoire dans la ville... Sans pour autant faire un film documentaire et militant, je tenais à une dimension d'actualité, d'où l'idée que le personnage d'Ismaël soit secrétaire de rédaction, c'est-à-dire en charge de l'actualité du monde. La fin de son idylle et de son insouciance ne se fait pas hors du monde.

Vous assumez la dimension d’être un cinéaste des années 2000, qui filme le monde d’'aujourd’'hui, en fait partie...

Oui, je ressens très fort cette nécessité de faire avec le monde, aujourd'hui. Je crois que cette nécessité est aussi liée aux conditions de production de ce film et du précédent. Il s'est écoulé très peu de temps entre le moment où j'ai exprimé le désir de faire ces films et celui où on les a tournés. Paulo Branco peut être très réactif, décider en octobre de faire un film en janvier. Du coup, tu n'as pas le temps de te construire un autre monde dans ta tête, tu ne peux qu'être dans le présent de ce que tu vis personnellement, dans le présent de ce que vivent les acteurs, la ville, la société...

Cet ancrage dans le réel est d’'autant plus frappant que le film relève de la comédie musicale...

Dans les comédies musicales, on a souvent la sensation d'être dans une bulle un peu kitsch, avec des références acidulées, des chansons qui produisent un décollement du réel.

Quand le monde extérieur est là, il est convoqué. Dans LES CHANSONS D'AMOUR, je convoque moins le monde que je ne fais avec. Je pense que le fait de filmer la ville où je vis change profondément les choses. Dans DANS PARIS, il s'agissait d'un Paris «musée». Pour LES CHANSONS D'AMOUR au contraire, j'ai choisi de me limiter au Xème arrondissement de Paris. Le Xème est l'un des rares arrondissements où l'on travaille dehors, avec des gens qui déchargent des camions de livraisons... Il ne s'agissait pas de bloquer des rues pour tourner, je voulais que la vie s'infiltre le plus possible dans les plans, et aussi respecter la géographie des lieux. Je m'étais donné cette contrainte non pas tant pour produire un effet de réel que pour m'empêcher de fantasmer un film.

Comment s'’est passé le casting ?

La première qui s'est imposée à moi, c'était Chiara. J'avais envie de travailler avec elle depuis longtemps et je l'avais entendue chanter. Travailler avec elle a été une révélation. J'ai eu l'impression de trouver mon double féminin, je compte bien refaire de nombreux films avec elle. Quant à Ludivine, je l'ai croisée de manière imprévue, je l'avais aussi entendue chanter. Humainement, quelque chose s'est vite installé entre nous, comme une confiance. Mais je n'avais pas encore le personnage masculin à l'époque de cette rencontre, je ne pouvais pas vraiment m'engager. Ça ne l'inquiétait pas, elle m'a juste répondu «sache que je suis là si t'as besoin de moi». Et évidemment, j'ai eu besoin d'elle. Besoin et envie. Clotilde Hesme, on avait travaillé ensemble au théâtre il y a longtemps, avant même qu'elle fasse LES AMANTS RÉGULIERS. Cela m'amusait de recomposer, différemment, le couple qu'elle formait avec Louis dans LES AMANTS RÉGULIERS. Et surtout, j'avais envie de la faire jouer sur un registre pétillant. Son personnage vient continuellement redonner du carburant au récit. À mon avis, Clotilde va bientôt débarquer dans le cinéma français avec la force d'un bulldozer délicat.

C'’est la troisième fois que vous travaillez avec Louis Garrel...

Oui, mais j'ai failli ne pas le prendre ! Je croyais qu'il ne savait pas chanter. Et puis au départ, je cherchais un Ismaël plus vieux que Louis. J'ai donc commencé à voir des comédiens, et je me suis aperçu que la manière dont parlait le personnage, c'était Louis, sa musique. Pendant ce temps-là, Louis m'appelait régulièrement pour savoir où j'en étais du casting, il me conseillait des acteurs. Puis il m'a demandé de lire le scénario. Il me laissait des messages sur mon répondeur : «Tu sais, je chante un peu, moi aussi...» Je n'imaginais pas faire un troisième film avec lui mais il était très insistant ! Alors je lui ai envoyé une chanson d'Alex en lui proposant de la répéter. Un jour, il est venu chez moi pour nous présenter son travail, à Alex et à moi. Il nous a demandé de nous retourner pour qu'il puisse chanter sans nous voir, et il s'est lancé... La peur faisait trembler sa voix, mais pour Alex et moi, ca a été une évidence. En fait, ce rôle était pour lui dès le départ, je crois que sans m'en rendre compte, je l'avais écrit pour lui. Quelque chose s'est construit entre nous avec tous ces films, quelque chose qui nous échappe mais qui nous a tous les deux construits et changés. Il m'a permis de trouver ma manière, mon identité de cinéaste.

Et Grégoire Leprince-Ringuet dans le rôle d'Erwann ?

Il jouait dans LES ÉGARÉS d'André Téchiné. Je me souvenais très bien de sa voix, très particulière comme celle de Chiara ou Ludivine. On a d'ailleurs appris ensuite qu'il avait été repéré par André dans une chorale. Grégoire représente une certaine jeunesse sans être du tout dans les clichés, ni dans le fantasme sexuel d'aujourd'hui. Sa beauté est franche, pas tapageuse. Je tenais à représenter un jeune qui ne doute pas de son homosexualité mais qui n'a pas encore eu d'aventure. Erwann n'est pas tourmenté par sa sexualité mais par ses sentiments. Grégoire avait une simplicité, une sorte de bonté qui m'a très vite convaincu.

À notre époque, on peut encore mourir d’'amour...

Oui, le sentiment n'est pas sans danger. J'appartiens à une génération où le «mourir d'amour» était forcément lié au Sida et j'avais envie de remettre ce danger sur le terrain des sentiments, sans passer par le sexe. Le Sida est toujours là, mais le danger réside aussi dans la manière de ne pas se sentir aimé ou de ne pas savoir aimer.

ENTRETIEN AVEC LOUIS GARREL

Vous qui travaillez avec Christophe Honoré depuis 3 films, vous voyez une évolution dans son cinéma ?

Dans DANS PARIS, on était beaucoup parti en improvisations. La mise en scène DES CHANSONS D'AMOUR était plus réglée, c'était comme un vieux film pour Christophe, il portait cette histoire en lui depuis longtemps. Je sentais que son désir venait de loin, c'était comme un accouchement tardif. Dans MA MÈRE, j'étais le fils ; dans DANS PARIS, j'étais le frère ; dans LES CHANSONS D'AMOUR, je joue un père potentiel qui n'assume pas cette place. On ne voit jamais la famille d'Ismaël, on ne sait pas d'où il vient. Je me demandais pourquoi Christophe avait fait de lui un Juif... Peut-être justement parce que le peuple juif est celui qui erre toujours, qui n'a pas d'attaches. Je connais des histoires de Juifs qui ne se sentent jamais autant chez eux que chez les autres, comme Ismaël dans le clan familial de Julie.

Et le coeur de Julie...

Dans le scénario, le couple se disputait parce que lui ne veut pas d'enfant. Cet aspect est moins présent dans le film mais je me racontais cette culpabilité-là pour jouer mon personnage : tuer une femme parce qu'on ne lui donne pas un enfant. Si Julie fait un arrêt du coeur, c'est parce qu'elle ne pouvait pas continuer à vivre sans enfant. Je ne pense pas que c'est un hasard si Ismaël rencontre ensuite un garçon. Ismaël tombe amoureux de quelqu'un qui ne peut pas faire d'enfant, quelqu'un de complètement différent de Julie, qui n'empiètera pas sur son amour avec elle. Erwann arrive très rapidement dans la vie d'Ismaël. Le désir et le rire font fi de la mort...

Même en plein coeur du drame, vous faites planer un souffle de légèreté sur votre personnage...

La scène de la marionnette dans la cuisine, à la lecture du scénario, me semblait vraiment délicate... Comment arriver à être léger avec la famille de Julie alors que celle-ci vient de décéder ? Le rire n'est pas moral et j'essaye de l'aborder comme un clown. Ismaël vit une tragédie, mais il essaye d'être dans la légèreté, sans pour autant perdre la conscience du drame...

Dans LES CHANSONS D’AMOUR, votre complicité de travail avec Christophe Honoré vous plaçait-elle dans une position particulière ?

On appelle «l'hôte», celui qui reçoit et qui est reçu... Eh bien, j'étais l'hôte de ce film : j'étais reçu par Christophe dans son film et je recevais les autres qui tournaient avec lui pour la première fois. Cette position est plutôt agréable : je laissais la responsabilité des désagréments à Christophe, et en même temps, je me sentais responsable du plaisir.

 

ENTRETIEN AVEC LUDIVINE SAGNIER

Comment êtes-vous arrivée sur le projet de CHANSONS D’'AMOUR ?

Depuis 17 FOIS CÉCILE CASSARD, Christophe faisait partie des gens avec qui j'avais envie de travailler, il était sur ma «liste». On s'est rencontrés par hasard dans un café, et puis mon agent m'a obtenu un rendez-vous... Au début, il hésitait un peu et finalement tout s'est fait très vite. Un mois plus tard, on enregistrait les chansons. Ce film s'est fait dans l'urgence, avec un petit budget, de manière assez légère et impromptue. L'expressionnisme des chansons renforce cette spontanéité, notamment dans la façon d'aborder les dialogues. Les chansons sont suffisamment explicites pour que l'on n'ait pas besoin d'appuyer le jeu. Elles permettent d'être plus direct, de mettre en place une situation sans longue exposition. C'est très agréable de faire un film où la musique est un personnage en lui-même, qui donne l'impulsion des situations. Avant de commencer le film proprement dit, on était déjà dans le jeu, grâce aux chansons qu'on avait pré-enregistrées. On avait chacun notre CD, toute l'équipe baignait dans cette ambiance musicale comme dans une bulle.

Vous aviez une appréhension à interpréter un rôle chanté ?

C'était plutôt un plaisir... J'avais déjà chanté dans les films de François Ozon, et puis ces chansons ne demandent pas une technique incroyable. On ne pousse pas la voix, on est dans quelque chose de très intime. Et l'intimité, ça fait moins peur que la démonstration. Finalement ce n'est pas nos talents de chanteurs qui sont exploités là, ce sont nos talents de jeu et d'écoute, notre précision et notre sensibilité. Le film de Christophe est sur un registre quotidien et naturaliste. C'était dur pour moi au début de me retenir : j'avais envie de marcher en rythme, de danser, de tourner sur moi-même, de bouger la tête ! On entendait la musique au haut-parleur, c'était très difficile de rester statique, de «dérythmer» tout ça.

Chacun réagit différemment à la disparition de Julie...

Ce que j'aime chez Christophe, c'est qu'il n'est pas dans le jugement, notamment vis-à-vis d'Ismaël, qui trouve refuge dans les bras d'un garçon. Jeanne, elle, se flagelle avec les détails matériels. Je la comprends très bien, cette réaction est très humaine, mais sublimée ici par la comédie musicale. Les CHANSONS D'AMOUR fait écho à UNE FEMME EST UNE FEMME. Le film se passe dans le même quartier de Paris, une femme a envie d'un enfant... Godard avait lui aussi une façon très légère de traiter l'adultère, le couple à trois. En surface, les dialogues sont très légers mais finalement, l'histoire racontée est tragique.

Comment s’est passé le travail avec Louis Garrel ?

Louis est devenu un pilier dans le cinéma de Christophe. Il a une aura, une singularité, une liberté dans le jeu et une manière de restituer son époque qui n'est pas artificielle. Il est dans un décalage jubilatoire à regarder. Face à lui, j'étais dans le cinéma que j'aime.

Christophe Honoré a une façon particulière de travailler ?

Il est très détendu et consacre énormément de temps aux acteurs. Il y a une complicité entre lui et les acteurs, il aime bien les toucher, se mettre à leur place, se mettre dans leurs marques, on a l'impression d'être un peu en fusion avec lui. J'aime bien quand le metteur en scène est le double de ses acteurs, qu'il est avec nous en train de jouer.

La famille de Julie est très présente...

J'aime beaucoup cette scène où toutes ces soeurs sont allongées sur le canapé avec le père, qui est comme un gros matou avec ses petites poulettes. Dès la lecture du scénario, j'avais l'impression de connaître cette famille. Il y avait quelque chose d'évident. Christophe a un sens du dialogue absolument dément. Il a de l'humour, un sens du détail et des connivences. J'adore le personnage de la petite soeur (Alice Butaud). Elle a un cynisme incroyable, elle est détachée, c'est un peu la gamine que j'aurais pu jouer avant.

On peut entendre la fin d’un coeur trop agité ?

Julie s'est attachée à Alice mais elle a aussi envie d'avancer dans son couple. Profondément, je crois qu'elle est dans une forme d'abnégation, elle vit ce schéma à trois pour faire plaisir à son homme. Il y a de la dévotion dans son personnage. Julie a une haute vision de l'amour, et elle attend que son homme fasse pareil. Ce qu'elle n'a pas compris c'est que les hommes sont égoïstes ! Le film ne raconte pas l'égoïsme d'Ismaël mais en filigrane pourtant, il pose la question : «Pourquoi moi je te donne tout ce que j'ai et pourquoi toi, tu ne me donnes pas tout ton amour ? Pourquoi tu ne me dis pas que tu m'aimes, pourquoi tu ne me dis pas que tu veux des enfants, pourquoi tu tournes autour du pot et pourquoi tu ne me dis pas ce que je veux entendre ?» Julie attend quelque chose de durable, elle lutte contre les amours passagères, elle a une vision assez classique de l'amour. Parfois on meurt sans cause, c'est toute la brutalité de la vie... Ce que j'aime dans le film, c'est que le couple à trois n'est pas conçu comme une forme de libertinage ou de transgression. Le cinéma de Christophe n'est pas dans la subversion, il est dans l'acceptation de ce qui peut arriver. Ce qui est un peu symptomatique de notre époque, qui essaye de se laver des années Sida, de se déculpabiliser vis-à-vis du sentiment amoureux. À cet égard, le personnage d'Erwann est magnifique : c'est l'ange de la rédemption.

ENTRETIEN  AVEC  CHIARA MASTROIANNI

Vous connaissiez le cinéma de Christophe Honoré avant de jouer dans LES CHANSONS D'’AMOUR ?

J'avais vu et beaucoup aimé DANS PARIS, notamment la chanson entre Romain Duris et Joana Preiss, qui était mon moment préféré. Quand il m'a présenté le projet des CHANSONS D'AMOUR, je ne pouvais qu'être enchantée qu'il pousse plus loin l'expérience de la chanson dans un film. J'aime la spontanéité de Christophe. Il est timide et audacieux à la fois.

Pour vous, qu'’est-ce que la chanson permet d'’exprimer dans le film ?

Déjà, elle permet de s'amuser ! La chanson a une dimension très ludique. Même si on ne peut pas dire que j'interprète la chanson la plus joyeuse du film !... Jeanne parle peu, c'est un personnage assez renfermé. Dans la chanson «Parc de la Pépinière», enfin, elle peut s'exprimer. Christophe tenait à ce que ce moment soit dramatique. Il m'avait dit que si je pleurais, ce ne serait pas plus mal... Je trouve très beau que Christophe ait voulu passer par le chant pour raconter cette histoire douloureuse. La chanson est une bouffée d'air qui allège la peine des personnages. La chanson ne se prend jamais au sérieux.

Malgré votre expérience de chanteuse, vous aviez peur de ces moments chantés ?

Oui, j'avais peur. J'ai toujours peur de toutes manières ! Mais ma peur était stimulante, pas du tout paralysante. Je ne suis pas sûre que mon expérience de chanteuse m'ait vraiment servie car c'est très différent de chanter seule dans un studio et d'être filmée en train de chanter. Mais j'étais encouragée par mon amour de la comédie musicale, de Minnelli à Jacques Demy. Et puis Christophe dédramatisait l'enjeu de ces scènes chantées. Il les abordait simplement, sans en rajouter. Il «banalisait» presque son projet pour ne pas nous intimider.

Vous aimez les chansons d’'amour ?

Evidemment, surtout les tristes ! Je suis très bon public.

Jeanne, votre personnage, est peut-être celle dont la tristesse est la plus grande quand Julie s’en va. Par opposition à Ismaël ou Alice, son chagrin la cloue sur place...

Jeanne n'a pas une vie personnelle très remplie. Alors forcément que la tristesse y prend beaucoup de place quand elle perd sa soeur. Jeanne a moins de ressorts que les autres. Ce deuil arrive très tôt dans sa vie, trop tôt... Surtout, la mort de Julie reste inexpliquée, comme si le destin était venu frapper à la porte de cette famille. D'où le sentiment de culpabilité de Jeanne : pourquoi est-ce Julie et non pas elle qui est morte ? Jeanne porte la culpabilité de celle qui reste. Ismaël rebondit mieux. Le deuil de Julie le chamboule et le recadre en même temps, l'oblige à se ressaisir, à se réveiller. Il est animé d'une pulsion de vie.

Julie subit un «arrêt du coeur». Symboliquement, croyez-vous qu’'on peut mourir de trop souffrir sentimentalement ?

Oui, je pense qu'on peut mourir à cause de ses sentiments, se laisser mourir. Cela arrive bien aux animaux, alors pourquoi pas aux hommes ?! J'aime le film de Christophe aussi pour ça : il assume de raconter une histoire d'amour, au premier degré, sans snobisme.

En faisant ce film, pensiez-vous aux PARAPLUIES DE CHERBOURG, au rôle qu'’avait tenu votre mère?

Pas du tout. Christophe n'avait d'ailleurs pas évoqué cette référence. C'est seulement en voyant des photos de tournage de Ludivine dans son petit manteau blanc que j'y ai pensé. Mais à la lecture du scénario et sur le tournage, pas du tout. Ce film s'est fait de manière très spontanée, dans des conditions très légères. Christophe a monté son film très vite, il voulait saisir un instant de vie. J'ai l'habitude de ces petits films produits par Paulo Branco et cette économie de moyens ne me gêne pas. Du moment que le metteur en scène peut faire le film qu'il veut, tant qu'il y a assez de pellicule !       

(BANDE ANNONCE 2007)

Commenter cet article